Tous les quatre ans le CCFD organise par région un "voyage d’immersion". C’est ainsi que 19 personnes de la région Bourgogne-Franche Comté sont allées au Mozambique du 13 au 28 Juillet 2006.
Ces voyages "pas comme les autres" ont un triple but. Ils permettent à des bénévoles français du CCFD de rencontrer des partenaires du CCFD chez eux, dans les pays du Sud. Ces partenaires sont des acteurs de développement dans des projets soutenus par le CCFD. En retour, les immergés auront à porter le témoignage de ce qu’ils auront vu là-bas. Le CCFD remplit ainsi sa mission d’éducation au développement. Nous nous sommes reconnus des points communs, engagés que nous sommes les uns et les autres, là-bas et ici, dans un service du développement de la personne humaine dans toutes les dimensions de son existence.

Carte d’identité du pays
Le Mozambique se situe dans le Sud-Est de l’Afrique, en face de Madagascar. Sa superficie est d’environ une fois et demi la France. Il est peuplé de 19 millions d’habitants. C’est un pays très pauvre ; l’espérance de vie est de 39 ans et le taux d’alphabétisation de 45% ; des chiffres qui sont à la baisse en raison du SIDA qui atteint 15 à 20% de la population.
L’identité de cette population mozambicaine est difficile à cerner car dès le 8ème siècle, le pays a vécu sous influence étrangère avec l’arrivée des Arabes, et ce sont eux qui ont commencé le commerce des esclaves. Puis à la fin du 15ème siècle, ce fut l’arrivée des Portugais qui en firent une de leurs colonies, et c’est pourquoi on y parle le portugais. Le Mozambique obtiendra son indépendance en 1975 ; mais la guerre d’indépendance est remplacée par une guerre civile qui fera plus d’un million de morts et 3,5 millions de réfugiés et de déplacés, jusqu’aux accords de paix de 1992. Ce n’est que trois ans après que le pays pourra redémarrer. Malheureusement, de grosses inondations en 2000-2001 ont provoqué un net recul dans le développement du pays.
Le Mozambique est entouré uniquement de pays anglophones, (et donc, on roule à gauche !) L’influence des pays voisins se fait sentir dans le sud-est qui est plus industriel, et dans le nord bon producteur agricole et une partie des récoltes vivrières est achetée par les pays voisins. Beaucoup de Sud-Africains viennent en touristes sur une grande partie de la côte
Notre visite
Nous avons rencontré des partenaires du CCFD de quatre projets et dans trois lieux différents. A Maputo, la capitale située tout à fait au sud du pays, nous avons été accueillis au siège national de la Kulima. C’est là que travaille Maria de Lurdes Cossa que nous avions reçue dans l’Yonne au cours de la campagne de Carême. Cette ONG travaille dans beaucoup de régions du pays, avec un projet de développement de l’élevage communautaire, des petits projets de production de parpaings, de buses, des pépinières d’arbres surtout fruitiers. Avec ces groupements de paysans, la Kulima développe aussi une dynamique de lutte et de prévention contre le Sida.
Pendant une semaine, nous sommes allés dans la région de Nampula, ville moyenne à 1500 kilomètres au nord de Maputo. Nous y avons rencontré plusieurs ONG (Organismes Non Gouvernementales).
Suite à une loi du gouvernement sur la terre, loi rendue nécessaire après cinq siècles de présence des colons portugais et après la guerre civile, Forum Terra fait un bon travail pour faire connaître cette loi auprès des communautés de villages pour les délimitations des terres des communautés.
Salama travaille à l’amélioration de la santé des communautés et à réduire la mortalité infantile et maternelle. Des animateurs bénévoles et des ‘leaders communautaires’ vont dans les villages de brousse sensibiliser les gens sur les problèmes de santé et particulièrement le Sida. Par groupes, nous en avons accompagné quelques-uns : au moyen d’une petite pièce de théâtre, et sur un mode ludique, bien compris à en juger par les réactions de l’auditoire ils informaient sur les dangers du Sida et sur les moyens de s’en prévenir.
A Nampula même, L’Association de Promotion Pédagogique pour l’Education des Adultes (APEA), association de bénévoles, fait un travail remarquable d’alphabétisation des adultes et développe des activités d’apprentissage de couture, de tissage, de poterie... Grâce au soutien du CCFD, ces partenaires, tous mozambicains, ont produit des matériaux pédagogiques, construit par eux-mêmes 3 centres d’alphabétisation et apportent une indemnité aux alphabétiseurs.
Quel avenir ?
La tâche est immense. Peu d’années se sont écoulées depuis la fin de la guerre civile qui a laissé le pays dévasté. Et la société civile était inexistante. Ceux qui se sont battus pour l’indépendance d’abord et pour la paix dans le pays ensuite n’étaient pas particulièrement préparés à gouverner. Il n’y a donc rien d’étonnant de constater que les choses avancent lentement.
Les Mozambicains ont de grands défis à relever. Il faut réduire la pauvreté, mettre en place les services sociaux et en faciliter l’accès à tous. La démocratie toute jeune a besoin de se renforcer, en commençant par s’attaquer à la corruption qui est de règle au plus haut niveau de l’Etat.
Nous avons fait une visite dans un champ cultivé en commun par un bon groupe composé principalement de femmes ; les produits des récoltes sont partagés pour la consommation familiale, et s’il en reste, le groupe les vend en vue de quelques achats collectifs. Il m’a semblé que des progrès pourraient être faits à peu de frais avec l’amélioration de quelques techniques culturales et avec l’introduction de nouvelles variétés de semences par exemple ; mais il n’existe pas de services agricoles et peu d’ONG qui prennent en compte ces problèmes agricoles ; nous avons vu un peu de culture attelée dans un secteur où travaille la Kulima. Il est vrai qu’à la fin de la guerre civile, il n’y avait plus de bovins dans le pays.
Mais le combat majeur à mener est de lutter contre le Sida. A la fin de la guerre civile, un certain nombre de réfugiés sont rentrés au pays avec cette maladie et les hommes qui partent travailler dans les mines en Afrique du Sud reviennent en partie contaminés. Le nombre de séropositifs augmente de 700 nouveaux cas par jour. Toutes les Organisations, gouvernementales ou non-gouvernementales ont un volet d’action sur le Sida. Ils le mènent depuis de nombreuses années ; mais comment passer de la sensibilisation au changement ? Un responsable de projet nous disait : « Au bout d’une vingtaine d’années d’information, il semble bien que le message soit passé, mais les comportements des gens changent peu. »
Nous avons été magnifiquement accueillis partout, aussi bien par les responsables et animateurs des projets que par les gens des groupes et des villages où ils nous ont conduits pour voir sur place ce qui se fait. Un accueil qui ne s’est pas démenti dans les lieux où nous avons été hébergés. Les permanents et les animateurs des projets ont du courage et ils en veulent malgré les situations difficiles qu’ils rencontrent et la lenteur des évolutions. Ils savent qu’ils ne vont pas sauver leurs frères en quelques mois, mais ils ne se découragent devant le peu d’efficacité apparente de leurs efforts.
Bien souvent ici, nous nous interrogeons sur la destination des offrandes que nous faisons aux divers organismes de développement et de partage. En voyant, sur le terrain, le travail de ces permanents et bénévoles, je me disais que ça vaut vraiment la peine de les aider, et qu’ils puissent penser que des gens, à des milliers de kilomètres, s’intéressent à leur travail.
Nous avons rencontré l’évêque de Nampula. Il nous a exposé ses difficultés liées au petit nombre de personnes travaillant à la mission et à l’annonce de l’Evangile. Mais il nous dit aussi comment les Eglises étaient bien présentes à ce travail de tout un pays pour se reconstruire ; une présence surtout dans le domaine socio-éducatif et dans le secteur de la santé et du combat contre le Sida. « Après Forum Terra, nous a dit un animateur de cet ONG, c’est l’Eglise qui a le plus travaillé pour faire connaître et mettre en oeuvre la nouvelle loi au sujet de la terre ».
Frère Paul Fruchet