« Notre objectif est de permettre aux personnes sans domicile fixe de retrouver autant que faire se peut une autonomie dans leur vie quotidienne. Aider la personne à se reposer, à imaginer que sa situation puisse s’améliorer, qu’elle puisse construire à nouveau un projet personnel. Le but est de permettre à la personne :
• de se prendre en charge,
• de devenir ou redevenir responsable,
• d’assumer les actes de sa vie quotidienne.
Après le temps de l’accueil vient celui de l’écoute, expérience de l’empathie et de l’altérité, moment où je reconnais l’autre comme un égal.
La plus grande justice que nous leur devons est de leur laisser le temps de se reconstruire. Notre société nous pousse à toujours courir. Eux ne courent plus. Ils sont fatigués. Il leur faut beaucoup de temps...
Quand la demande est en décalage avec la réalité, nous nous efforçons d’expliquer le pourquoi de notre oui ou de notre non. L’arbitraire n’a pas sa place dans des structures comme les nôtres. Sinon, cela laisse la place à la violence.
La justice, c’est permettre aux personnes d’acquérir des droits sociaux (revenus, santé, logement), mais c’est aussi leur permettre d’assumer leurs responsabilités, en réglant leurs dettes, en respectant la vie en société (“Tu as été mis dehors pour la seconde fois ? C’est normal, si tu ne paies pas ton loyer...”). Même avec un RMI, on peut rembourser 5 € par mois, question de dignité...
Je peux affirmer que le choix de ma profession et de cette activité auprès des publics sans résidence stable repose sur les valeurs chrétiennes qui sont au coeur de mon éthique professionnelle. Sans cesse il est question de discernement et d’ajustement. Je crois en l’homme parce que je crois en Dieu. J’ai un lieu de ressourcement pour prendre du recul, un lieu d’accompagnement humain spirituel. On ne peut aider l’autre que si on accepte soi-même de se faire aider et accompagner.
La justice sociale est à portée de chacun : il suffit de la vouloir, il suffit d’écouter la plainte au fond des coeurs : ne pas se fier aux apparences, aux comportements atypiques qui sont des appels au secours, reconnaître à l’autre un droit d’existence digne.
Chaque rencontre est une nouveauté, un autre homme, une autre femme à (re)connaître, et c’est faire preuve de justice que de leur octroyer au moins le droit à la parole et à l’existence... »
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