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Un monde en travail (éditorial d’EdY n° 4)

En ce tout début du mois de mars, au moment où j’écris ces lignes, l’Afrique du Nord et l’Afrique sont prises de convulsions. Est-ce l’annonce de l’enfantement d’un monde plus libre et responsable ou un changement de pouvoirs tout aussi aliénants ? L’avenir proche ou plus lointain nous le dira, même si nous pouvons rêver de pays où hommes et femmes, jeunes et enfants, pourront librement construire leur avenir.

J’aime bien cette image de la mise au monde d’un enfant. J’admire les regards des parents - et des grands-parents - qui n’en finissent pas de s’émerveiller devant leur bébé qui vient de naître. C’est la chair de leur chair. - Que sera donc cet enfant ? C’était la question de l’entourage des parents de Jean-Baptiste. C’est une belle image biblique. Jésus l’a utilisée d’une autre façon dans son entretien avec Nicodème : Ce qui né de la chair est chair et ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne soit pas étonné si je t’ai dit qu’il vous faut renaître (Jn 3,6).

Que va-t-il naître de ce monde en convulsions ? C’est notre question tous ces jours. Mais, en fait, notre propre histoire, tout comme l’histoire du monde, est une lente gestation. Dans ses écrits du temps de guerre, au creux des terres de Champagne, le père Teilhard de Chardin voyait dans l’affrontement tragique qui secouait l’Europe la naissance possible d’un monde nouveau dans la mesure où ce serait une victoire de l’Esprit.

Nous allons bientôt entrer en Carême. C’est le moment de nous engager pour un combat spirituel en nous livrant aux forces de l’Esprit. Nous n’avons sans doute pas beaucoup de moyens pour intervenir dans la diplomatie internationale. Mais nous pouvons nous livrer, là où nous sommes, dans la diversité de nos vocations, en partenariat avec d’autres qui ne partagent pas forcément notre foi, au souffle de l’Esprit qui veut faire naître un monde d’amour et de vérité dans l’exigence de la justice et de la paix. Cela ne sert à rien de se lamenter sur les morts de chaque jour si cela ne nous conduit pas à changer nos vies à la façon de Saint François d’Assise : « Là où est la haine, que je mette l’amour, là où est l’offense que je mette le pardon, là où est la discorde que je mette l’union … »

Des moyens vont nous être offerts tout au long de ce Carême. Le mercredi des Cendres, nous serons à Ligny-le-Châtel avec l’entrée en Carême préparée par le CCFD. Le dimanche 13 mars ce sera l’appel décisif des Catéchumènes avec la rencontre « Vocations » préparée pour tous salle Marie Noël. Et puis, nous nous sommes sûrement procuré le livret Retraite de Carême 2011 : En chemin vers Pâques avec évangile de Jean.

Tout cela pourra nourrir des actions concrètes et généreuses. Des milliards d’êtres humains, des millions d’enfants, ne mangent pas à leur faim à travers le monde. Nous évoquions tous ceux et celles qui ont soif de liberté. Et nous ne serions là qu’à nous lamenter la bouche pleine ? Ce n’est pas possible. Il nous faut passer de la culpabilité à la responsabilité. De toutes manières, en tout ce que nous ferons c’est Jésus qui sera là pour faire advenir avec nous, dans la force de Son Esprit, les cieux nouveaux et la terre nouvelle qu’Il attend.

Mgr Yves Patenôtre
Archevêque de Sens-Auxerre

 

 

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