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Silence et liturgie

Depuis la réforme liturgique de Vatican II, l’assemblée célébrante a pris l’habitude de vivre sa participation active avec gestes, paroles, chants. Tant et si bien que parfois, certains soupirent : « Ne pourrait-on faire un peu place au silence ? » Pourquoi ce besoin, et quelle sorte de silence la liturgie, notamment celle de la messe, demande-t-elle ?

 

Le silence comme besoin

Le monde dans lequel nous vivons est bruyant, agité, au point que chacun, même parmi les jeunes et les enfants, ressent parfois l’envie de calme et de silence. Cela permet d’équilibrer notre vie.

De même, on s’accorde à constater l’immense soif de spiritualité qui caractérise beaucoup d’hommes et de femmes d’aujourd’hui. Or cette soif les mène souvent vers des courants religieux où dominent la méditation, le recueillement, avec des postures, des attitudes qui aident au calme physique et psychique.

Pourquoi donc nos célébrations chrétiennes ne prendraient-elles pas en compte ce besoin fondamental ? D’autant que l’Église, à travers la Présentation générale du Missel romain (1) le demande :dans le chapitre II, il est précisé : Un silence sacré, qui fait partie de la célébration, doit aussi être observé en son temps. Sa nature dépend du moment où il trouve place dans chaque célébration. (2) Il ne s’agit donc pas d’interrompre par des pauses le rythme de la célébration : le silence en fait partie intégrante.

Le silence participe au rythme de la célébration

Si l’on considère la célébration dans son ensemble, on est volontiers d’accord pour dire qu’elle a un rythme (3), et que tout l’art de célébrer consiste à articuler les éléments du rite pour que chacun trouve sa place dans ce rythme général, avec ses alternances de tension-détente, d’élan ou de repos. Dans cette « partition », tel un « soupir » ou une « demi-pause », le silence participe au rythme, il en est un des éléments essentiels. Sans silence, une célébration ne chante » pas, ne respire pas. Ces moments n’ont pas besoin d’être longs pour créer une dynamique, mais s’ils n’existent pas, on aura l’impression de s’essouffler.

Un vrai silence

Par peur d’une rupture dans le rythme de la célébration, ou pour cacher les raclements de gorge ou les éternuements, la tentation est de sous-tendre systématiquement le silence par un fond musical.

Si une telle pratique n’est pas dénuée de sens, notamment quand le notamment quand le silence se prolonge (au cours des confessions individuelles dans une célébration pénitentielle, par exemple), elle ne doit pas être systématique. Les temps dont il est question dans ce dossier sont des temps de silence pleins… de silence. Non des temps de vide, qui ne soient qu’absence de son, mais des temps de respiration, de méditation, d’intériorisation.

Quand faire silence en liturgie ?

Pendant la messe : si l’on relit les textes du Missel, le silence est expressément requis :
• après l’invitation à la préparation pénitentielle,
• juste après la prière d’ouverture (collecte) qui se situe après le Gloria,
• après une lecture ou l’homélie. Il est conseillé ou possible
• avant la célébration, dans la sacristie et les abords du sanctuaire
• après la communion,
• après les intentions de prière universelle.

À l’office (Liturgie des heures), on pourra ménager un silence après chaque psaume et la reprise de son antienne, ou encore après les lectures et avant ou après le répons (4). De même après la lecture ou l’éventuelle homélie, pendant l’examen de conscience (5), durant la prière d’intercession (6).

Mais il est évident que d’autres temps de silence s’effectuent spontanément, notamment chaque fois que nous vivons un "sas" entre deux temps, par exemple le moment où le lecteur monte à l’ambon ; ou encore lorsque nous entendons l’invitation "Prions" : un minimum de temps est nécessaire alors pour se mettre en présence de Celui vers qui monte notre prière. Si ce minimum n’existe pas, notre prière risque d’être mécanique.

Quelle sorte de silence ?

À ce sujet, la PGMR (7) apporte des distinctions et précisions intéressantes : Dans la préparation pénitentielle et après l´invitation à prier, chacun se recueille : ainsi, le silence de recueillement est une façon de se tenir en présence de Dieu, d’adopter une posture intérieure permettant de faire sienne la prière que vient d’exprimer le prêtre.

Après une lecture ou l´homélie, on médite brièvement ce qu´on a entendu , il s’agit alors de prolonger la résonance de la Parole pour la méditer, se l’approprier, avec l’aide de l’Esprit Saint, afin qu’elle puisse nourrir notre vie.

Après la communion, le silence permet la louange et la prière intérieure  : il est important de souligner que silence n’est pas synonyme de tristesse, de rétrécissement sur soi. C’est vrai en particulier dans l’action de grâce, où le silence est plein du mystère de la communion au Christ, dans le partage avec nos frères.

"Avec réalisme et prudence (8)"

Le silence favorisant l’écoute, il faudra en profiter pour sentir comment l’ensemble de l’assemblée vit ce silence, quelle durée lui donner, et à quel moment il doit laisser place à la suite. Sans cette vigilance, le silence peut se transformer en “trou”, en “vide”, et le rythme est alors interrompu.

Chant, parole, silence

On oppose en général le silence d’une part et la parole, le chant, la musique d’autre part comme si l’un était le contraire des autres, comme si le silence était simplement l’absence de son. Or l’action liturgique joue de la complémentarité entre eux : le sonore jaillit du silence et conduit finalement au silence. Le silence, en musique comme en liturgie, sera plein : le silence qui précède la parole ou le chant sera déjà plein de cette parole ou de cette musique ; et si ce silence n’est pas désir – et désir partagé – la musique ne s’enracinera pas et ne jouera pas son rôle (9). Et le silence qui suit la parole ou le chant sera encore plein de cette musique, comme l’a dit quelqu’un : le silence qui suit du Mozart est encore du Mozart…

En liturgie, si nous savons faire jouer ensemble les sons et les silences, notre célébration pourra laisser place au Souffle, laisser l’Esprit faire son œuvre.

Dossier réalisé par Élisabeth Gauché

1 En abrégé PGMR. Nouvelle traduction française disponible sur le site www.liturgiecatholique.cef.fr
2 N° 45 (anciennement 23).
3 Témoin le titre d’un récent livret paru pour les catéchistes : Au rythme de la célébration.
4 Présentation générale de la Liturgie des heures (PGLH), n° 202.
5 PGLH 48 et 86.
6 PGLH 193.
7 n° 45.
8 L’expression se trouve en PGLH, 202.
9 J.-M. Dieuaide dans la revue Célébrer 301, p. 18.

 

 

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