Ces dernières années, le CEAS (Centre d’études et d’action sociale) a travaillé sur des thèmes comme l’emploi, la pauvreté, la justice, la solidarité, qui ont donné lieu à des réunions débats et à la publication de documents.
Depuis un an, à partir du livre Repenser la solidarité publié sous la direction de Serge Paugam, nous avons engagé un nouveau cycle de réunions :
La sécurisation des parcours professionnels en septembre 2007 ;
Renouer le lien entre les générations : quelle société voulons-nous léguer à nos enfants ? à quel prix consentis ? en mai 2008.
Le dernier thème, en prise avec l’actualité du fait de la crise financière et économique : Quel modèle d’Etat-providence ? les devenirs de la solidarité sociale, a fait l’objet
ces derniers mois de plusieurs réunions débats.
En premier lieu, il s’agissait d’effectuer une approche historique depuis l’ère de l’industrialisation sous Bismarck (1883) avec l’instauration d’une solidarité collective et des assurances, la crise des années trente avec la création de la sécurité sociale obligatoire et l’idée de régulation internationale économique et sociale — création de l’ONU, du FMI et du BIT (*) ; enfin, à partir de 1980, l’effondrement du système monétaire, conséquences des chocs pétroliers entraînant une diminution du poids de l’État, une dérégulation de l’économie et une réduction de l’État-social.
En second lieu, il convenait d’examiner la situation actuelle du système de protection
sociale français qui, depuis les années 1990, a fait l’objet de plusieurs réformes :
assurances-chômage (1992 et 2001) ;
retraites (1993 et 2003) ;
dépenses de santé (1995 et 2004),
réformes qui ont conduit à une réduction du socle historique de l’État social, de la protection sociale des salariés, une exclusion des publics fragiles, une accentuation des inégalités malgré l’instauration du RMI… un contrôle plus sévère des chômeurs, une incitation à la flexibilité et à la mobilité dont on dit qu’elles sont les conditions modernes d’accès à un emploi.
Serge Paugam et ses amis, dans Repenser la solidarité aujourd’hui, proposent, en termes simples, de soutenir la solidarité en s’accordant sur des objectifs sociaux au niveau européen à quatre niveaux : les solidarités familiales, les solidarités locales choisies (associations…), les solidarités professionnelles ; enfin, la solidarité citoyenne par notre participation à la société dans laquelle nous vivons.
Au cours des débats, la réflexion s’est efforcée de :
• distinguer la nature de l’État-providence du retour en force de l’État pour "éteindre
l’incendie" par des mesures d’urgence ;
• comprendre le passage d’une crise financière à une crise économique ;
• clarifier les modes d’intervention économique de l’État ;
• faire apparaître les grandes aspirations qui se font jour face à la crise : retour du
politique dans la gestion de l’économie, aspiration à une éthique sociale renouvelée,
besoin d’une action collective au plan de l’Europe et du monde, évitant le repliement sur soi, long combat dans lequel les chrétiens auront à défendre des valeurs que notre évêque Yves Patenôtre rappelait : réalisme, responsabilité et fraternité, fondement de la doctrine sociale de l’Église (EDY n° 5).
Le CEAS est également à l’écoute de ce qui se passe en France et en Europe.
Voici quelques échos tirés du journal Le monde :
Les effets de la crise financière au départ touchent de plein fouet l’économie réelle qui conduit à une récession, voire à une dépression…
Réguler, oui, mais est-ce suffisant ? il faut aller bien au-delà… c’est le fonctionnement
entier de nos sociétés qu’il faut refonder pour un nouvel ordre économique et social sachant que la crise financière n’est pas le plus grave problème auquel nous devrons faire face : la crise climatique va progressivement s’aggraver et la crise alimentaire augmenter…
Il est souhaitable de passer d’une économie de l’avoir plus à une économie de l’être mieux rendue possible par les nouvelles technologies, le concept-clef de location de
biens et services (et non de possession).
On ne sortira pas de la crise actuelle sans un meilleur équilibre entre salaires et profits…
Poursuivre et amplifier les expérimentations créatives type micro-crédit, commerce équitable…
Les défis actuels du développement durable appellent un nouveau mode de développement et de croissance, lui-même fondé sur des modes de production, de consommation et donc d’investissement qui intègrent cette nouvelle donne : "pour un investissement socialement responsable"…
Dans l’Yonne, l’année 2008 a été marquée par une dégradation de la situation du marché du travail. Le bulletin publié par la Direction du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle de décembre 2008 fait ressortir, pour les demandeurs d’emploi en fin
de mois (DEFM : cat 1) une évolution de 9 710 en août à 10 909 en décembre (soit
+ 20,3 % par rapport à décembre 2007 – Bourgogne + 14,3 % – France + 11,7 %).
Ce sont les hommes particulièrement, et parmi eux les jeunes de moins de 25 ans
qui subissent de plein fouet la montée du chômage. Dans ce contexte, le CEAS est
très attentif et lucide sur la mise en œuvre du RSA (Revenu solidarité active) qui va
rentrer en action le 1er juillet 2009.
En tant que chrétiens, nous sommes directement interpellés par cette situation, non seulement au travers du mouvement caritatif mais là où nous sommes engagés (niveau familial, vie professionnelle, milieu associatif, syndical, politique…) incités par les textes publiés par la Conférence des évêques de France à agir en puisant dans la doctrine sociale de l’Église ou encore des Semaines Sociales de France dont le thème en 2007 était Vivre autrement pour un développement durable et solidaire afin d’aspirer à une nouvelle éthique empreinte des valeurs chrétiennes.
Dans notre diocèse, le Conseil diocésain de la solidarité, les équipes d’animation
paroissiale qui ont en leur sein un pôle solidarité, sont à l’écoute des difficultés rencontrées. Des initiatives surgissent ça et là pour réduire certaines inégalités,
maintenir l’emploi dans des entreprises…
Le CEAS, quant à lui, fidèle aux orientations du synode diocésain, poursuivra sa mission d’information des réalités économiques et sociales, invitant sans distinction tous ceux qui le souhaite à réfléchir et à œuvrer pour un monde plus juste.
Le bureau du CEAS
CEAS, BP 287, 89005 Auxerre cedex
* ONU : Organisation des Nations Unies
FMI : Fonds Monétaire International
BIT : Bureau International du Travail