Il y a quelques jours, le Centre d’études et d’action sociale (CEAS) avait invité ses adhérents et les membres des pôles solidarité des paroisses à la maison diocésaine pour envisager ce qui était en jeu dans la crise que nous traversons, au niveau international et départemental. J’ai participé à cette rencontre. Ce fut très intéressant. Le CEAS ne manque pas, avec sérieux et compétence, de proposer réflexions et débats au sujet des différents événements qui marquent la vie de notre société et qui ne peuvent manquer d’intéresser la vie des chrétiens. C’est une chance pour notre diocèse que d’avoir cette instance qui participe au conseil diocésain de la solidarité. Elle tient en éveil notre attention sur tout ce qui marque la vie des hommes et des femmes d’aujourd’hui. Elle permet une lecture actualisée de ce que l’on appelle habituellement “la doctrine sociale de l’Église”.
En écoutant les différents intervenants, j’ai mieux mesuré comment nous sommes de plus en plus invités au réalisme, à la responsabilité et à la fraternité.
Au réalisme, parce que c’est se nourrir d’illusions que d’échanger dans le virtuel. La crise financière en est l’exemple le plus clair. Des sommes immenses naviguaient dans l’irréel. Les manipulateurs véreux en connaissent toujours les ficelles. Depuis que « le Verbe s’est fait chair », les chrétiens préfèreront toujours s’enraciner dans le réel. C’est la meilleure espérance de moissons futures.
À la responsabilité, plutôt que de s’évader dans la condamnation passive ou de s’enfermer dans la culpabilité. Les chrétiens le comprennent bien, qui se sont engagés sur le chemin du Carême les yeux fixés sur Jésus. Il nous invite à le suivre en allant jusqu’au bout de l’amour « en actes et en vérité ». Ceux qui portent les fardeaux parlent moins que les autres. Jésus a été assez sévère envers ceux qui disent et ne font pas…
À la fraternité, qui me semble le nom chrétien de la solidarité. C’est en Jésus que nous reconnaissons que tout être humain est mon frère ou ma sœur. Ce n’est pas du sentimentalisme. C’est le réalisme de la foi et c’est incontournable. Nous serons bien surpris de l’entendre nous dire « c’était moi ! » celui que nous avons laissé de côté parce qu’il ne nous plaisait pas…
Je souhaite vraiment que notre Église diocésaine, éclairée par la Parole de Dieu, devienne de plus en plus témoin de l’Évangile. Nous nous mettons à l’écoute de saint Paul dans les rencontres du carême à domicile. Nous écoutons ce que l’Esprit dit aux Églises dans les soirées de lectio divina. Que cette nourriture intérieure transfigure nos manières de vivre. Que notre Église propose un supplément d’âme à un monde si dur et si complexe.
Les médias viennent de faire écho à ce dramatique avortement pratiqué au Brésil sur une petite fille de neuf ans enceinte de son beau-père. Bien sûr l’avortement est un acte de mort et il inscrit dans la chair de celles qui l’ont vécu des blessures qui ne se fermeront peut-être jamais. Mais comment se peut-il que dans ce drame qui a été vécu, l’Église soit apparue comme celle qui juge et condamne plutôt que comme celle qui mesure le drame, qui entre en compassion, qui accompagne et qui pardonne ? Nous sommes loin de l’événement et je ne possède pas toutes les informations. Je n’ai envie d’enfermer personne dans un jugement. Mais je veux dire de toutes mes forces, qu’en ce monde blessé, il vaut mieux faire surgir les attitudes qui ouvrent à l’espérance, dans l’exigence de la responsabilité, plutôt que d’enfermer dans ce qui apparaît comme des condamnations qui semblent avoir oublié les chemins compatissants de l’amour miséricordieux.
Ensemble sur ce chemin d’humanité, forts de la miséricorde de Dieu, avançons d’un pas confiant sur le beau chemin du carême.
+ Yves Patenôtre