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Ne jugez pas… (N° 20)

Mauvais caractère…

Il était chef de service et pour les gens qui travaillaient avec lui, il était considéré comme un homme dur et peu abordable. Ils lui avaient collé une étiquette : cet homme a mauvais caractère. Mais en fait, le connaissaient-ils vraiment ? Pouvaient-ils, à partir de deux traits de son comportement porter un jugement global sur lui ?

Oui, cet homme avait une conduite déficiente en terme de communication dans son service, mais cela ne pouvait pas résumer toute sa vie : il y avait bien d’autres choses que les gens ignoraient et qui marquaient son existence.

…ou homme charitable ?

En fait, il était très engagé dans une association au service des malades et des isolés et prenait presque tous les après-midi des dimanches et jours de fête pour les visiter. Je me souviens l’avoir vu, un jour de Noël, en train de lire les Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet dans une chambre de deux vieillards aveugles.

Ne jugeons pas les gens trop vite, à partir de ce que nous voyons au premier regard. Vous connaissez le secret du renard dans le Petit Prince, de Saint Exupéry : « L’essentiel est invisible pour les yeux… »

Juste parmi les nations

Nous pouvons en trouver dans ce numéro d’EDY un bon exemple : Sœur Léocadie, qui vient d’être reconnue "juste parmi les nations " (p. 549-552). Pendant les années 1942-1944, au moment où il fallait garder le secret absolu sur ses actes et ses opinions quand ils étaient contraires aux lois de l’occupant, bien peu de gens connaissaient la vérité sur les pensionnaires de l’école Ste-Madeleine. Il est probable que certaines personnes de Vézelay ont porté des jugements sur Soeur Léocadie à partir de ses faits et gestes et de ce qu’elle disait à l’extérieur. Peut-être ont-ils été critiques en voyant telle attitude mettant en avant les défauts qu’elle devait avoir comme chacun d’entre nous.

En fait, ils ignoraient totalement le courage de cette femme et son esprit de générosité qui n’a été connu que bien après. L’essentiel était bien invisible pour les yeux. Je crois qu’on pourrait en dire autant des vingt-cinq autres icaunais qui ont été reconnus comme justes parmi les nations ; bien peu, dans leur entourage, devaient connaître leur secret !

Pour juger quelqu’un, il faut bien le connaître ; mais peut-on vraiment connaître une personne ?

Découvrir des richesses cachées

D’autres articles de ce numéro nous invitent à ne pas juger les personnes ou les situations d’une manière superficielle. Je pense, en particulier aux deux rencontres oecuméniques : nous parlons trop souvent de nos frères chrétiens des autres confessions en restant sur des clichés ou quelque a priori du type : « les protestants ne croient pas à la Sainte Vierge ! » ou « les orthodoxes adorent des images ». En fait, ce qui nous manque pour progresser vers l’unité, c’est une meilleure connaissance des uns et des autres. Là encore, nous jugeons trop vite.

Si ces quelques exemples pouvaient nous engager à tout faire pour mieux connaître les autres avec lesquels nous vivons ou que nous rencontrons nous aurions sûrement la surprise de découvrir chez l’autre des richesses cachées.

Robert Lechien

 

 

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