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Archives 2009

Les saints : des gens ordinaires (éditorial d’EdY n° 18)

Quand j’étais petit, certaines personnes (qui n’étaient pas mes parents, je précise) me racontaient des histoires où les grands saints, dans leur enfance, étaient des enfants sages, tout le temps en train de prier et faisant des sacrifices tous les jours. Décidément, la sainteté n’était pas pour moi, car je ne faisais rien de tout cela. Mais, depuis, j’ai découvert que tous les hommes étaient appelés à la sainteté. Que l’on ne naissait pas saint, mais qu’on pouvait le devenir si l’on acceptait de répondre à l’appel du Seigneur.

Comme preuve, je voudrais rappeler ces prêtres du diocèse, morts pendant la révolution sur les pontons de Rochefort et qui ont été béatifiés. Qui étaient-ils au point de départ ? Des gens ordinaires ! Sur les cinq prêtres de notre diocèse reconnus "bienheureux", quatre étaient chanoines à Brienon ou Vézelay. Ils touchaient de bons revenus et ils avaient de belles maisons, avec des domestiques. De plus, ils n’avaient pas grand-chose à faire ! Ce sont ces hommes très "ordinaires", peut-être même un peu trop "embourgeoisés", qui vont être déportés, enfermés sur des bateaux à Rochefort et qui vont mourir de faim, de mauvais traitements et d’épuisement. Or ces hommes qui ont été dépouillés de tout, qui se font insulter à tous moments et qui survivent dans la saleté et la vermine deviennent, avec la force de Dieu, des saints : ils sont maintenant capables de se gêner pour laisser un peu plus de place à celui qui est à côté d’eux ; ils savent, malgré la souffrance, conserver une prière fervente en secret et font très attention à se soutenir les uns les autres, en étant spécialement attentifs à être proches de celui dont la foi chancelle. Ces prêtres, transformés par la grâce de Dieu, prendront la résolution, s’ils en sortent vivants, de pardonner à leurs bourreaux et d’éviter de donner trop de détails sur leur déportation afin de ne pas passer pour des héros. Je préfère cette histoire-là : la sainteté n’est pas faite seulement pour des petits enfants sages, mais pour des hommes et des femmes capables d’accueillir la grâce de Dieu, de se convertir et de mettre l’amour au centre de leur vie.

Fête de la Toussaint : c’est la fête de toutes celles et tous ceux qui nous ont précédés. Les saints du calendrier, mais aussi tous ces hommes et ces femmes qui n’ont jamais été canonisés, mais que nous avons connus et qui ont essayé de vivre en suivant l’Évangile et qui sont auprès du Seigneur. C’est aussi le rappel que nous sommes tous appelés à la sainteté.

Robert Lechien

 

 

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