À l’initiative du P. Daniel Rousseau, délégué diocésain à l’oecuménisme, cette journée a réuni une trentaine de personnes à Auxerre le samedi 10 novembre, autour de trois invités de marque : le pasteur Gilles Daudé, responsable du service des relations oecuméniques à la Fédération protestante de France, le Père Michel Evdokimov, théologien orthodoxe et professeur à l’Institut orthodoxe St-Serge, et Mgr Yves Patenôtre, qui nous ont donné le point de vue de leurs Églises respectives sur l’oecuménisme aujourd’hui.
Parmi les personnes présentes se trouvaient des membres de l’ACAT, de la Cimade, du Secours catholique, de l’Entraide protestante, des représentants des groupes de partage biblique oecuménique ainsi que d’autres personnes curieuses et intéressées pour s’engager dans cette aventure oecuménique.
La journée a commencé par un partage des expériences oecuméniques
et des attentes pour l’avenir de ces relations fraternelles, déjà bien
établies en plusieurs points de notre diocèse.
Ce partage a permis de constater qu’une foule de petites choses se font
déjà, aux quatre coins du diocèse ; l’oecuménisme n’est pas simplement une belle idée, il est vécu dans des réalités bien concrètes :
• Des groupes de partage biblique oecuménique
dans tous les doyennés.
• La solidarité : par exemple à travers l’accueil des sans-papiers où la
Cimade, l’Entraide protestante et le Secours catholique oeuvrent ensemble.
Il y a aussi l’ACAT qui est un mouvement oecuménique.
• La prière commune chaque année à l’occasion de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens.
• Des temps forts à diverses occasions,comme, cette année par exemple, le tricentenaire de la naissance deVauban célébré par les protestants et les catholiques.
Intervention du Pasteur Gilles Daudet : : unité sans confusion, diversité sans séparation.
Dans les années 70-80, on était dans une dynamique de découverte : on allait les uns vers les autres, on n’était pas si étrangers que ça. Durant cette période enthousiaste, on a posé des gestes prophétiques, on a créé les groupes de foyers mixtes, etc. On est allé très loin
et puis est arrivé un premier électrochoc : la chute du mur. À partir de ce
moment-là, c’est l’essor de l’orthodoxie, qui retrouve alors la parole. Il y
a aussi la croissance exponentielle du monde évangélique. Dans nos
sociétés, on note un changement du rapport au religieux qui se produit à
partir du 11 septembre. Alors se sont développés deux types de réactions religieuses et culturelles très typées : d’un côté le repli identitaire et communautariste, et de l’autre, on passe par-dessus toutes les identités et les clivages dans une attitude fusionnelle
et confusionnelle.
Dans les deux cas, cela produit une violence. J’aime cette image : cherchons une unité sans confusion et une diversité sans séparation. Il
s’agit pour tous les chrétiens de vivre au coeur de notre société une spiritualité dans la communion trinitaire.
Père Michel Evdokimov : se ressourcer auprès des saints.
Le problème de l’orthodoxie est la diversification. Il faut faire un gros travail de rassemblement. En 1997 a été fondé le comité inter-épiscopal orthodoxe qui est devenu l’assemblée des évêques orthodoxes de France. Nous avons à réaliser un oecuménisme à l’intérieur de nos Églises.
L’oecuménisme a intérêt à se ressourcer auprès de ceux qui ont eu un
certain rayonnement de sainteté dans leur vie. Sainte Thérèse de Lisieux et saint Silouane du Mont Athos sont tentés par l’enfer des hommes de
notre époque qui ne connaissent pas Dieu et qui ne peuvent pas goûter le vrai bonheur. Tous les deux ont vécu une spiritualité qui allait à l’encontre de tout triomphalisme, de tout légalisme.
Ils voulaient prier pour tous les pécheurs du monde entier, leur amour
dépassait leur Église, leur “chapelle”. Ils ont une réponse à apporter à ceux qui ne veulent pas croire à un Dieu de courroux et nous rappellent que le péché est une goutte d’eau dans l’océan de la Miséricorde.
Mgr Patenôtre :l’unité n’est pas une option, mais une condition à la mission ;
Après avoir dit comment il a été sensibilisé à l’oecuménisme dès le séminaire et tout long de son ministère, Mgr Patenôtre rappelle que l’unité n’est pas optionnelle. Le Concile a donné ce mouvement, on ne doit pas revenir en arrière. Il a marqué la volonté d’une Église ouverte à la rencontre du frère. Dans notre diocèse, il faut continuer. La mission n’est pas possible si on ne chemine pas en même temps vers l’unité.
L’unité n’est pas une option, c’est une condition pour l’annonce de la Bonne Nouvelle. Il ne suffit pas d’avoir des velléités, il faut toujours chercher à aller plus loin dans l’unité.
Teilhard de Chardin disait cela :
• se centrer, s’enraciner dans notre Église, notre tradition. Si je sais qui je suis, je peux rencontrer l’autre tel qu’il est !
• se décentrer pour aller à la rencontre de l’autre.
• se surcentrer en Christ : c’est la sainteté. La foi nous relie au Christ qui nous conduit au Père dans le souffle de l’Esprit. Alors on est dans un oecuménisme de sainteté. Ce sont les fruits de l’Esprit.