N’aie pas peur...
Jésus pleure
L’évangile nous montre une famille frappée par la mort, plongée dans le deuil. C’est un passage incontournable de notre condition humaine. Jésus est accouru. Il est là. Il ne survole pas ce désarroi : il est plongé dedans, il est touché par la mort de son ami, par la peine de sa famille, il souffre, il pleure. Il ne se montre pas dédaigneux par rapport à la mort. Il demande au Père de le rendre victorieux de la mort. Et il reçoit du Père cette victoire. C’est ce que nous vivons aujourd’hui.
Je suis la résurrection et la vie
Monique a choisi de nous quitter. En fait, elle n’a pas vraiment choisi, elle a plutôt été emportée. Elle a été emportée par ce cancer de l’âme qui s’appelle la dépression. L’angoisse irrépressible a été la plus forte. Déjà, une fois, Monique avait échappé. Cette fois, l’amour de son mari, de leurs enfants et petits enfants, de ses parents et de leurs nombreux amis, les soins des médecins n’ont rien pu y faire.
Elle nous laisse l’image de tout ce qu’elle a été : une femme souriante, serviable, attentive à tous, donnée. Tous ceux qu’elle a aimés, mis au monde, servis, relevés, soignés savent ce qu’ils ont reçu d’elle. Chacun de nous, depuis les plus proches de ses proches jusqu’aux paroissiens et aux malades pèlerins à Lourdes, garde son sourire dans la mémoire et dans le cœur...
Jésus est là, avec nous. Il partage notre souffrance. Il nous dit : « Je suis la résurrection et la vie. Mon Père m’exauce toujours. Celui qui croit en moi vivra pour toujours ; je le ressusciterai au dernier jour. »
De quoi faut-il ne pas avoir peur ?
Donc, n’ayez pas peur. N’ayez pas peur ! C’est un mot que, dans l’évangile, Jésus prononce souvent.
Je l’avais dit, un jour, à Monique : « N’aie pas peur » On avait longuement parlé. Aujourd’hui, je suis sûr qu’elle sait tout et comprend tout. Et c’est elle qui dit à chacun d’entre nous : « N’aie pas peur »
Monique, de quoi faut-il ne pas avoir peur ?
Il me semble qu’elle répond :
N’aie pas peur de toi
N’aie pas peur de toi, n’aie pas peur de ce qui est en toi. N’aie pas peur de ta peur. N’aie pas peur des carences ou des fêlures de ta vie, des turbulences qui, de temps en temps, t’emportent où tu ne voudrais pas, n’aie pas peur de tes exaltations, de tes désirs étranges, n’aie pas peur de tes tristesses, de tes angoisses, de tes désespoirs même. N’aie pas peur de tes violences. Tu es fait du limon de la terre, tu es fait de chair et de sang, et de précaire liberté. C’est avec le meilleur de toi-même, et aussi avec tes fragilités et tes blessures que tu es appelé à devenir humain.
N’aie pas peur des autres
N’aie pas peur des autres, n’aie pas peur de leur parler, n’aie pas peur de leur regard, de leur jugement. Ils sont comme toi, ce sont des compagnons d’humanité. Ne te contente pas d’écouter. N’aie pas peur de te confier. N’aie pas peur de demander de l’aide à un frère ou à un père dans la foi. N’aie pas peur de parler à un médecin.
N’aie pas peur de Dieu
N’aie pas peur de Dieu, surtout. Il sait de quoi nous sommes façonnés, Il se souvient que nous sommes poussière.
Il nous a donné la vocation d’être humain, non comme un piège, mais comme une route de vie.
Il nous a donné sa parole et ses commandements, non pas pour qu’ils nous écrasent, mais pour qu’ils nous arrachent à notre chaos.
Il nous a donné son Évangile non pas pour qu’il soit un idéal inaccessible, mais pour qu’il soit une maison de liberté, de bonheur et de miséricorde.
Il nous a donné son Fils Jésus, qui s’est fait notre frère à tout jamais, non pas pour nous juger, mais pour nous sauver.
Et c’est lui, Jésus ressuscité, qui nous dit aujourd’hui : « N’ayez pas peur ; celui qui croit en moi vivra. »
La paix soit avec vous
Il est un mot que Jésus disait fréquemment : « La paix soit avec vous ». Il est si important que c’est le dernier mot de la Bible.
Jésus, donne à Monique la paix qu’elle a tant désirée. Donne à chacun et à chacune de nous une paix plus profonde que notre peine, la paix qui vient de toi. Amen.
Jo de Mijolla