Ghislain, M. le doyen, on vous connaissait tous sous ce nom. Tout ce monde aujourd’hui dans cette église, c’est pour vous.
Apparemment, il y a plus de vous que votre corps et nous l’honorons. Mais vous êtes là, et c’est vous qui nous réunissez encore une fois. Si souvent vous avez rassemblé les gens, c’était votre vocation. C’était votre vocation de prêtre et c’était aussi votre grâce d’homme : attirer du monde. Vous n’étiez pas un ermite, vous aimiez la vie, le bon vin (les viticulteurs ici présents ne me diront pas le contraire), la bonne table, les relations, les amis, les voyages bref vous avez eu la chance de croquer la vie à pleines dents : vous étiez pétillant de joie.
Ce matin, tout nous revient en mémoire. Votre façon de nous accueillir au presbytère, votre humour un peu particulier. Votre manière de nous dire bonjour nous surprenait toujours : "Comment allez-vous, cher ami ? Bien, M. le doyen. Dommage !" Telle était votre réponse. Nous n’oublierons pas votre jovialité.
Ghislain, avouez-le, vous étiez un homme atypique, intelligent, provocateur et plein de paradoxes. Quand on vous rencontrait pour la première fois, il n’y avait pas de demi-mesure… ou on vous aimait ou on vous détestait.
Chacun de nous se souvient. Tout cela nous monte au cœur pêle-mêle : et vos grandes qualités et vos défauts car vous n’étiez pas une statue, vous étiez un homme vivant et c’est pourquoi vous étiez si attirant. Nous en sommes la preuve tous aujourd’hui.
Combien vous allez nous manquer ! Vous faisiez partie de notre vie et pour certains depuis si longtemps ; vous êtes arrivés à Hauterive et à Beaumont en 1943, à Seignelay en 1956, et un peu plus tard au Mont St Sulpice. Vous aviez donc eu l’occasion de baptiser, marier, accompagner de nombreuses personnes, dans de nombreuses familles.
Ghislain, vous étiez à la fois un homme d’ici-bas et un homme d’en haut, un homme de Dieu. La terre et le ciel se tenaient ensemble dans votre foi et dans votre vie.
Dans votre testament, vous nous dites ceci : "Que tous sachent que mon unique souci a toujours été d’agir en prêtre avec le désir de faire passer le message de Jésus-Christ, sans aucun sectarisme.
Comme curé de paroisse ou comme aumônier militaire, au SIGA ou ailleurs, vous avez su être à l’écoute des jeunes et des moins jeunes leur témoignant votre attachement à l’Eglise de Jésus-Christ.
Frères et sœurs, aujourd’hui, nous aussi, ne sommes-nous pas tristes comme les deux disciples d’Emmaüs ? La mort d’un être cher provoque en nous la sensation de solitude et de découragement.
Pourtant, en lisant cet évangile, nous sommes invités à découvrir une double présence malgré l’absence qui nous fait mal.
Avec les yeux de la foi, nous percevons que le Christ ressuscité nous rejoint sur la route de notre tristesse. Il a promis d’être au milieu de ceux et celles qui sont réunis en son nom. Il nous ouvre le regard intérieur pour que nous puissions découvrir qu’avec lui la mort est un passage vers la Vie.
Dans la foi, une autre présence se révèle aussi, au-delà de l’absence à nos yeux de chair : la présence de celui que nous aimons, car l’amour est plus fort que la mort. Nous croyons que, disparu à nos yeux, il ne nous a pas quittés et qu’il continue de nous aimer et de nous accompagner secrètement de son affection et son amitié. Nous commençons dans le deuil l’expérience exigeante mais ô combien réconfortant, de sa présence à nos côtés.
Chers amis, après leur rencontre bouleversante avec le Christ ressuscité, les deux disciples sont revenus à Jérusalem. Ils ont témoigné de ce qu’ils avaient vécu. Nous allons, nous aussi, après ce temps de prière autour de Ghislain, revenir à notre vie quotidienne. Que la présence du Christ ressuscité nous donne le courage de continuer la route, de poursuivre la mission au sein même de ce secteur de la Vallée du Serein ou ailleurs.
Je termine en reprenant les dernières paroles écrites sur le testament de Ghislain : "Ne soyez pas triste comme ceux qui n’ont pas d’espérance".
Dans notre prière, nous penserons aux parents de Ghislain, sa grand’mère Adrienne, le chanoine Despiney et sœur Augustine qui l’ont aidé à réaliser sa vocation sacerdotale.
Ghislain, merci pour tout ce que vous nous avez donné et apporté.
Seigneur, nous te disons merci de nous l’avoir donné. Amen.