Église Saint-Jean de Joigny - jeudi 6 novembre 2008
Frères,
Si j’ai accepté de suppléer à d’autres prêtres qui, en la circonstance présente, auraient pu mieux que moi commenter la Parole de Dieu, c’est que, dans la première année de mon ministère de prêtre, en 56-57, ici à Saint-Jean de Joigny, j’ai eu le bonheur de connaître la famille Milet : les parents, Pierre et Marie, Marie-Thérèse, très engagée dans la paroisse, Jean qui apparaissait parfois aux vacances. J’entendais aussi parler de Bernard vivant de l’autre côté de la Méditerranée. Depuis cette époque, de loin en loin, j’ai rencontré Jean.
Les deux passages des Écritures que nous venons d’entendre sont proclamés à la fête de la Toussaint. On les lisait dans l’ancien missel. La réforme liturgique les a soigneusement conservés en leur adjoignant un passage de la 1ère lettre de St Jean sur “l’amour dont Dieu nous comble”. Ces lectures ont donc été celles de la première messe solennelle que Jean a célébré dans cette église à la Toussaint 1944, après son ordination. Nous les avons entendues récemment, samedi dernier, en cette Toussaint où Jean a accompli sa Pâque, son passage vers le Royaume de Dieu.
Matthieu a placé au début du chapitre 5 de son Évangile cette “entrée en matière” du “discours sur la montagne” et de toute la prédication effectuée par Jésus pendant sa vie publique.
Neuf fois résonne le mot HEUREUX. Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des Cieux est à eux. Nous pouvons reprendre le mot s’appliquant à des situations de nos vies.” Heureux ce jeune homme de 22 ans à qui est confié le ministère de prêtre dans une France meurtrie et pas encore totalement libérée des armées ennemies !”. “Heureux ce prêtre de plus de 86 ans rendant son dernier souffle à Dieu en espérant entrer dans le Royaume de Dieu !”
Oui, Jésus annonce un évangile de bonheur : heureux ! Non pas la promotion d’un monde facile, rêvé, regorgeant de biens, où il n’y a qu’à se baisser pour ramasser. Jésus propose une manière de vivre sur notre terre concrète : pauvres de cœur, c’est-à-dire cette pauvreté où chacun a, chaque jour, le pain, le nécessaire indispensable : ce qui permet non seulement de travailler pour gagner sa vie, mais aussi de consacrer du temps à la famille, à la vie sociale, à la réflexion, à la recherche du sens de notre existence, à Dieu. Le terme employé par Jésus est difficile à traduire : pauvres par l’esprit ; pauvres de cœur. Cela veut dire : fuir la cupidité de l’argent et des biens matériels pour être disponible à l’attention aux autres, au service, à l’entraide, à la fraternité, à la recherche de la vérité et de la justice.
C’est ce message Heureux les pauvres de cœur ! qu’un prêtre doit accueillir pour le vivre lui-même et qu’il est chargé d’annoncer. Il a une grande importance dans le ministère du prêtre comme dans sa propre vie. Jean l’a vécu dans un ministère orienté vers l’éducation des jeunes et particulièrement dans le domaine de la réflexion philosophique qu’il a approfondie de manière remarquable, ses ouvrages en témoignent. Mais il a aussi pris part à la formation chrétienne pour aider les jeunes à passer Du savoir à la Foi titre de l’un de ses livres paru en 1994.
Éducation, réflexion approfondie, proposition de la Foi sont essentielles pour vivre la pauvreté de cœur. L’Église les a toujours recherchés avec générosité et énergie. L’accueil de l’Évangile du bonheur fait passer du savoir à la Foi, fait suivre Jésus par le chemin des béatitudes où chacun peut trouver la lumière et la liberté, puiser le courage et la générosité indispensables pour atteindre le but proposé.
Le passage de l’Apocalypse, le livre des Révélations, dans son genre littéraire particulier, décrit ce but : J’ai vu une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Prendre place dans ce peuple. Ils proclamaient : le salut est donné par notre Dieu et par l’Agneau.
Aller vers Dieu. Non pas seulement quelques uns, non pas un petit groupe de privilégiés, sélectionnés selon des critères spéciaux, mais une foule immense venue de partout et de toutes conditions. Une foule qui croit et qui proclame que le salut vient de Dieu notre Père que nous voulons voir avec son Fils Jésus, l’Agneau pascal.
Le but ultime de notre vie, c’est de trouver place dans le Royaume de Dieu. C’est à cela que Jean a aspiré et qu’il s’est efforcé de faire comprendre à ceux à qui il a été envoyé.
Maintenant, remplis d’espérance par les Écritures, nous avons à confier Jean à la miséricorde du Seigneur et à joindre l’offrande de sa vie au sacrifice unique de Jésus le Christ. En hébreu, Jean signifie Dieu fait grâce. Que Dieu qui seul sonde les reins et les cœurs, qui seul peut juger en vérité, qui seul connaît la valeur réelle d’une vie fasse grâce, miséricorde à Jean.
Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des Cieux est à eux !
La foule immense que personne ne pouvait dénombrer proclamait ; le salut est donné par notre Dieu et par l’Agneau !
Seigneur, donne le salut à notre frère Jean, ton prêtre. Fais lui grâce.
Quant à nous, remplis-nous de ton Esprit pour que nous suivions Jésus sur le chemin des béatitudes. Amen.
Pierre-Marie Lhoste.