C’ÉTAIT UN DIMANCHE ORDINAIRE dans un petit village de l’Yonne ; enfin, pas tout à fait ordinaire, puisque, pour la seule fois du trimestre, la messe allait y être célébrée. Les gens, venus aussi des communes voisines, s’étaient rassemblés dans l’église qu’ils avaient préparée et fleurie. À l’entrée, plusieurs sont venus me confier une intention de messe pour les défunts de leur famille : « Cela fera un an que mon père est mort... » « Je voudrais que vous célébriez pour ma mère, car c’est dans cette église qu’elle venait prier. » « Pouvez-vous dire la messe pour ma sœur... elle est morte il y a deux mois et je n’étais pas là au moment de ses obsèques ? », et plusieurs autres.
C’EST AVEC TOUTES CES INTENTIONS que je suis arrivé à l’autel. J’ai regardé l’assemblée qui se trouvait devant moi : ils n’étaient pas très nombreux... mais spontanément j’ajoutais, en pensée, toutes celles et tous ceux qu’on venait de confier à notre prière. Eux aussi se trouvaient rassemblés autour du Seigneur. Et soudain, cette messe prenait une autre dimension. J’allais célébrer, pas seulement avec ces personnes qui étaient là devant moi, mais aussi avec tous ceux qui nous ont précédés, tous les saints. Bien sûr, ceux du calendrier, les grands saints dont on raconte la vie et les miracles... mais aussi les saints qui ne sont pas canonisés, les personnes que nous avons connues, qui étaient de notre famille ou qui faisaient partie de nos amis et qui sont maintenant auprès du Seigneur. Eux aussi sont présents dans cette célébration. Ils font partie de « l’Église du ciel » qui est rassemblée autour du Christ et qui, le cœur plein de joie, chante ses louanges.
LA CÉLÉBRATION EUCHARISTIQUE ce matin-là dans cette petite église, malgré ces chants hésitants et ces imperfections, est devenue un moment fort : elle nous unit à cette « Église du ciel » et nous met dans une communion profonde avec ceux qui sont morts. Ma pensée allait spécialement vers tous ces chrétiens qui ont vécu dans ce village, y ont travaillé, ont construit cette église et ont essayé de transmettre l’Évangile... C’est cette conviction que j’ai clairement redite à l’assemblée, comme à chaque messe, au moment de la préface : « C’est pourquoi avec tous les anges et tous les saints, nous proclamons ta gloire en chantant d’une seule voix... »
À LA PORTE DE L’ÉGLISE, on m’avait confié des intentions : « Pouvez-vous prier pour mon père, pour ma mère... pour ma sœur ? » Et voici que maintenant, j’invitais les gens non seulement à prier pour eux, mais à prendre conscience que leurs parents défunts étaient présents avec nous et que c’est ensemble que nous allions prier.
LA MESSE NOUS MET AINSI « en communion de vie avec nos frères déjà en possession de la gloire céleste, ou en voie de purification ». C’est un temps privilégié pour « la fréquentation des habitants du ciel » (Concile Vatican II ; Constitution sur l’Église N° 51) si nous acceptons de nous arrêter un peu au milieu de nos activités multiples pour nous unir à eux dans cette louange du Seigneur.
Robert Lechien