France, terre de mission
« Si les cloches sonnent encore le dimanche dans les villes et les villages, les citoyens français ne vivent plus selon un horizon religieux. Ils se préoccupent de leur avenir personnel et familial dans une société de consommation qui leur donne une qualité de vie jamais atteinte, mais où de nouvelles fragilités se développent qui sont prises en charge – ou ne le sont pas du tout – par la société. La télévision ne parle plus de religion que sous mode de spectacle, au pire de dérision. La sécularisation a ainsi atteint tous les domaines de la vie sociale et culturelle, rejetant systématiquement l’interrogation religieuse dans le domaine de la vie privée ». J’ai été intéressé par cette rapide description du Père Pierre de Charentenay dans le dernier numéro de la revue Études à propos des signes religieux. La société française continue en effet d’être rythmée par les fêtes religieuses, y compris le fragile dimanche, mais l’effervescence d’une journée des Rameaux ne signifie pas toujours l’adhésion claire et décisive à la personne du Ressuscité. La France est toujours un pays de mission !
Une mission confiée à tous les baptisés
Cette mission est confiée à nos communautés chrétiennes. En cette année sacerdotale, j’aime rappeler que c’est toute l’Eglise qui est sacerdotale dans le mystère du Christ mort et ressuscité. Tous les baptisés sont d’autres Christ. Pour reprendre les mots des Pères de l’Eglise, ils ont été christifiés dans le bain du baptême. Ils forment le Peuple de Dieu si bien mis en valeur dans le deuxième chapitre de la Constitution dogmatique sur l’Eglise au concile Vatican II. Et ce Concile reste bien la référence de notre action pastorale. Comme l’a si bien dit Jean-Noël Besançon : « Le Concile n’est pas enterré mais bel et bien semé. »
Ce soir, nous représentons ensemble, dans la diversité de nos vocations d’évêques, de prêtres, de diacres et de chrétiens, religieux ou religieuses, mariés ou célibataires, la réalité du peuple de Dieu. Et c’est la qualité de notre fraternité, puisée dans l’amour du Père qui nous donne d’être, au souffle de l’Esprit, témoins du Christ pour le monde. En cette année sacerdotale, je souhaite vraiment que nos communautés chrétiennes soient vraiment visibles et lisibles dans le monde d’aujourd’hui. Nous n’aurons jamais fini de lutter contre le chacun pour soi ou le chacun chez soi en notre sainte Eglise. « On reconnaîtra que vous êtes mes disciples à l’amour que vous avez les uns pour les autres ». Nous avons encore beaucoup de conversions à faire sur ce point. L’avenir de nos communautés chrétiennes, l’un des sujets de notre réflexion d’évêques à Lourdes, la semaine dernière, dépendra surtout de la qualité de la vie de ces communautés. Si tu choisis le Christ, tu choisis aussi l’Eglise. Bien sûr, elle n’est composée que de pécheurs, nous le savons trop bien et, ces temps-ci, on ne manque pas de nous le dire, mais le Christ a aimé l’Eglise, et il s’est livré pour elle ! Église des baptisés, deviens ce que tu es le Corps du Christ !
Les huiles saintes
Ce soir, nous allons bénir et consacrer les huiles saintes.
* L’huile des catéchumènes va nous rappeler l’importance de l’annonce de la foi, la proposition du Christ et de son Évangile à ceux et celles qui ne le connaissent pas. « Dire la foi de toujours dans les mots d’aujourd’hui » comme s’y essaient les équipes de la Mission de France. * L’huile des malades va nous rappeler qu’une communauté chrétienne est toujours invitée à accompagner tous les blessés de la vie. Les plus cabossés par les difficultés et les drames de tous les jours nous ouvrent toujours une page d’Evangile. Ceux qui pratiquent la révision de vie dans les mouvements le savent bien. Qui n’en a pas été le témoin ? * Le Saint Chrême, l’huile de toute consécration, nous exprime toute notre dignité de chrétiens, à la fois prêtres, prophètes et rois. Notre Église est une Église qui prie et qui célèbre. Nous n’aurons jamais fini de bien travailler la qualité de nos liturgies pour une vie sacramentelle qui réalise bien ce qu’elle veut signifier.
Les prêtres, pierres de fondation
C’est maintenant que je voudrais vous parler des prêtres. Je ne désirais pas vous en parler avant de souligner l’importance de la vitalité des communautés chrétiennes qui ont pour vocation d’exprimer la sacramentalité de l’Eglise par leur vie même. Parce que c’est justement cette qualité ecclésiale que doivent servir les prêtres. « Nous ne sommes pas prêtres pour nous-mêmes, mais pour les autres », rappelait souvent le curé d’Ars, Jean-Marie Vianney. Il ne peut y avoir d’Eglise sans prêtres. Ils sont, dans leur communion avec les évêques, pierres de fondation de la construction. Et on ne peut bâtir sans fondations. Si bien que ce n’est pas aux laïcs d’aider les prêtres. C’est aux prêtres d’aider les laïcs à devenir ce qu’ils sont. Je rappelle souvent la belle invitation du Père Bouchaud, ancien supérieur des Fils de la Charité : « On ne demandera pas ce que vous avez fait, mais ce que vous avez rendu possible ».
C’est notre bonheur de prêtres de former des communautés vivantes où chacun peut vivre en responsabilité selon sa grâce. C’est notre bonheur de prêtres de nous sentir à la fois pères et frères de ceux et celles qui participent à notre responsabilité pastorale. C’est notre bonheur de prêtres de travailler avec les frères diacres à la proximité de l’Eglise auprès des jeunes, auprès de ceux qui cherchent un sens à leur vie, auprès de ceux qui peinent en tous les lieux de fractures de notre société. Si c’est notre tristesse et la source de nos découragements de constater que la communauté ne parvient pas à se rassembler, c’est notre joie de pasteurs d’être, à la suite du Christ, celui qui réalise, dans la grâce de l’Esprit, l’unité et la communion. C’est la grâce de célébrer le sacrement de la réconciliation. C’est la profonde joie de célébrer l’eucharistie, sacrement de l’unité, où nous venons communier à l’amour de Celui qui nous a aimés jusqu’au bout pour en vivre à notre tour : « Faites cela en mémoire de moi. »
Les orientations pastorales du diocèse
Bientôt, je vais promulguer des orientations pastorales pour le diocèse. Nous les avons élaborées ensemble. Elles vont ouvrir d’autres chantiers pour servir la mission que le Seigneur nous a confiée. Je vous demande de les prendre à cœur et d’envisager comment elles peuvent se réaliser concrètement là où vous vous trouvez.
Une nouvelle équipe épiscopale
L’équipe épiscopale va se renouveler. Le père Robert Lechien m’ayant demandé d’arrêter sa responsabilité de Vicaire Général pour continuer de servir autrement l’Eglise qui est dans l’ Yonne, j’ai répondu positivement à sa demande. Il restera présent sur l’agglomération auxerroise. Devant vous tous, je tiens à le remercier pour l’accueil qu’il m’a réservé dès que je suis arrivé parmi vous et pour l’intelligence de ses conseils en fin connaisseur de la réalité icaunaise. Robert, je te remercie pour le frère prêtre que tu as été fidèlement auprès de moi pour le service de tous. Nous ne nous quittons pas. Olivier Artus a accepté de devenir Vicaire général lorsque je lui en fais la demande. Merci Olivier d’avoir accepté. Tu garderas, deux jours par semaine, le mardi et le mercredi, ton travail de chercheur et d’enseignement à l’Institut catholique de Paris. Tes compétences sont toujours reconnues à la Commission biblique pontificale. Ici, tu prendras le temps de rencontrer et d’écouter les uns et les autres. Souviens-toi des conseils de Paul à Timothée : « Proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, mais avec une grande patience et avec le souci d’instruire » (2 Tim 4,2). Deux autres vicaires épiscopaux ont accepté de rejoindre l’équipe épiscopale, Joël Rignault et Thierry Debacker. L’un est en responsabilité en ville et l’autre en rural. Nous préciserons leurs responsabilités. Dominique Boutrolle et Isabelle O’Brien acceptent de poursuivre leur mission. Vous devinez bien que leur sensibilité féminine est un plus pour notre équipe qui entrera en fonction le premier septembre.
Soyons heureux d’annoncer le Christ !
Soyons heureux d’annoncer le Christ. Il est toujours au milieu de nous avec la force de son Esprit pour nous donner de savoir porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Continuons de prier pour que des jeunes, dans la diversité des vocations possibles, soient saisis, entre épreuves et renouveaux, par la passion de l’Evangile. En vous remerciant tous d’être en communion avec moi pour cette mission, je voudrais reprendre à votre intention le souhait de Saint Jean que nous avons entendu tout à l’heure : « Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né d’entre les morts, le souverain des rois de la terre. A lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous le royaume et les prêtres de Dieu son père, à lui gloire et puissance, pour les siècles des siècles. Amen. »
+ Yves Patenôtre