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Archives 2009

Dans l’ordinaire des jours (n°11)

Nous venons de vivre deux événements intenses en ce début du mois de juin : le soixantième anniversaire du débarquement et la journée des élections au parlement européen. Je n’oublie pas bien sûr la tragédie du vol d’Air France qui s’est abîmé en mer, faisant passer tant de familles et de proches de l’inquiétude à l’espérance, et finalement à l’immense tristesse de la séparation. Nous les avons rejoints avec beaucoup d’autres dans le témoignage de notre prière.

Samedi dernier donc, les pavillons de toutes les nations concernées par le D. Day flottant au vent, les plus hauts représentants politiques ont célébré, avec forte implication des médias, le "Jour le plus long". Le président des États-Unis d‘Amérique, Barak Obama, a trouvé les mots justes pour évoquer l’événement : "Ce que nous ne pouvons oublier, c’est que la bravoure et la générosité de quelques-uns ont changé le cours du XXe siècle… Des hommes ordinaires ont pu accomplir l’extraordinaire !" Et il est vrai que l’engagement de tous ces jeunes hommes, dont des milliers sont morts sur les plages de Normandie, a permis d’ouvrir une brèche au service de la paix en Europe et dans le monde.

Dimanche, nous étions invités à voter pour nos représentants au parlement européen. Je ne désire pas commenter le résultat des élections dans la comparaison des scores obtenus par les uns ou les autres. Mais je voudrais exprimer ma tristesse devant le nombre important des abstentions. Je veux bien croire que telle ou telle manifestation de la campagne ait pu écœurer un certain nombre ; mais enfin, nous sommes dans des pays démocratiques, nous pouvons nous exprimer par le vote sur le devenir de nos pays, tandis que des millions d’hommes et de femmes ne le peuvent pas, et nous ne nous déplaçons pas ? Si nous ne sommes pas d’accord, si aucun candidat ne correspond à nos attentes - Dieu sait pourtant que leur diversité ne manque pas – manifestons-le en nous exprimant par un vote, prenant part d’une façon significative à l’événement. On ne peut déterminer les motifs de l’abstention lorsqu’elle ne s’exprime pas par un vote la signifiant.

Je trouve incohérent d’applaudir avec émotion ceux qui se sont engagés, au prix de leur vie, il y a soixante ans, pour la libération de notre pays, et de rester passif maintenant pour la construction d’une Europe qui dépend de nos suffrages. J’y décèle une grave immaturité politique.

Vous pouvez trouver étonnant que je m’exprime ainsi. Mais c’est tellement l’enseignement traditionnel de l’Église que d’inviter ses membres à participer concrètement à la vie politique. J’ai toujours félicité les chrétiens qui s’y engagent, dans la diversité de leurs options, pour servir un monde de justice et de paix.

Le lundi de Pentecôte, nous étions en pèlerinage provincial à Nevers. Nous nous sommes mis à l’écoute de la petite Bernadette. Elle aussi disait, comme Madeleine Delbrêl, que c’est dans l’ordinaire des jours que se vit l’extraordinaire du Royaume de Dieu. Rien d’étonnant depuis que « le Verbe s’est fait chair »…

+ Yves Patenôtre, archevêque de Sens-Auxerre

 

 

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