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Archives 2009

Dans l’Esprit de Pentecôte (n° 10)

Le récit de la Pentecôte, puis les Actes des apôtres montrent comment l’Esprit du Christ ressuscité rejoint des peuples de toutes nationalités et cultures et comment, au premier siècle, l’Église se construit non pas comme un groupe replié sur lui-même, mais comme une communauté ouverte « aux bruits du monde », intégrant en son sein toute la diversité de l’humanité. C’est cette expérience d’universalité qu’il m’a été donné de faire, au cours d’un semestre d’enseignement et de recherche en exégèse biblique, à l’étranger.

Le choc des cultures

Tout d’abord en Inde, au St Peter’s Pontifical Institute, à Bangalore, où se forment 200 séminaristes et 200 jeunes prêtres et religieuses. Les Églises chrétiennes sont, dans ce pays, en situation de minorité – 2,3 % de la population  : une goutte d’eau dans « l’océan » du milliard d’Indiens. Minorité parfois persécutée, puisque des communautés ont été attaquées, des prêtres assassinés, des églises brûlées. Les chrétiens ont parfois l’impression d’être des étrangers dans leur propre nation, dont ils sont pourtant très fiers.

D’autre part, la communauté chrétienne n’est pas épargnée par les problèmes qui touchent l’ensemble de la société indienne  : rivalités régionales, questions liées aux castes avec la marginalisation des basses castes et particulièrement des « intouchables ». La survie de l’Église nécessite un travail constant à l’intérieur (construire et reconstruire l’unité), comme dans les relations extérieures (persévérer malgré les oppositions et les attaques, ne pas se radicaliser). L’avenir de la communauté chrétienne repose également sur un engagement réel de tous ses membres  : l’idée même d’un christianisme sans pratique, sans participation active à la vie liturgique est impensable. Le fait d’être chrétien rayonne sur toute l’existence. Les rassemblements, les pèlerinages, les célébrations dominicales donnent à chacun les forces, les ressources spirituelles pour affronter les défis de la vie quotidienne.

N’imaginons pas pour autant l’Église indienne repliée sur elle-même du fait des défis qu’elle doit affronter  : par ses écoles, ses dispensaires, ses médecins itinérants, elle se met au service de la société tout entière. Par son implication dans la culture, elle cherche à entrer en dialogue avec les autres philosophies et systèmes de pensée, et particulièrement l’hindouisme. Difficile dialogue entre des visions de l’existence largement étrangères l’une à l’autre, qui pose la question de l’inculturation de la communauté chrétienne.

Le christianisme en Terre sainte  : facteur de paix

Après l’Inde, Jérusalem, à l’École biblique et archéologique française. Située dans un lieu « stratégique » qui résume à lui seul le conflit qui divise cette région du monde  : sur l’ancienne ligne de démarcation entre Jérusalem-Est (musulmane et chrétienne) et Jérusalem-Ouest (juive). Le paysage change rapidement depuis quelques années  : un mur de huit mètres de haut s’est dressé entre la ville et ses banlieues arabes. Il faut le franchir pour aller à Bethléem, à Ramallah. Des colonies israéliennes se multiplient en territoire occupé. Et la confiance entre Israéliens et Palestiniens semble morte.

Photo © Beaulieu Royer http://www.custodia.org

Au milieu de cette situation apparemment insoluble, quelques dizaines de milliers de chrétiens. Ceux qui n’ont pas encore choisi l’exil. Et un homme, apparemment seul, le pape Benoît XVI, qui a pris la décision courageuse de venir, en pèlerin, visiter ce pays. De son voyage, je garde une impression forte et une image  : l’impression, c’est celle de la sérénité. Le pape est le seul qui dans cette région ait pu dialoguer avec tous sans exclusive, et qui ait tenu un discours réellement au service de la paix, une paix qui ne peut se construire que dans le respect du droit et de la dignité des personnes, de toutes les personnes  : prisonniers et réfugiés palestiniens, comme citoyens israéliens inquiets pour leur sécurité.

L’image, c’est celle de l’Eucharistie célébrée sur la place de la nativité à Bethléem. Nous n’étions pas très nombreux ce mercredi 13 mai  : 5 000 personnes, une centaine de prêtres. Dans un territoire encerclé par un mur, dont la population n’a pas le droit de circuler librement, et où la tentation est de fuir pour chercher un avenir meilleur. La célébration était simple, telle que l’on en verrait dans l’un ou l’autre des diocèses de France, et le discours de Benoît XVI fut concret et réaliste  : un pape était venu simplement réconforter le peuple chrétien en souffrance, venu en pèlerin et en pasteur pour lui communiquer le courage de demeurer en Terre sainte, de construire un avenir, de ne pas renoncer. Tous ceux qui se trouvaient sur cette place de Bethléem ont vraiment pu « éprouver », ressentir personnellement la vocation spécifique du successeur de Pierre  : garder la communauté chrétienne dans la foi, la rassembler, la réconforter. Être présent aux chrétiens qui souffrent.
Photos © Beaulieu Royer http://www.custodia.org Nous laisser instruire

Cet éditorial nous a emmenés bien loin de nos propres terres, de notre diocèse. Ce « détour » par l’Inde et par Bethléem nous rappelle la dimension universelle de notre Église. Il nous invite à nous laisser instruire par l’expérience d’autres communautés, si lointaines de nous par la culture  ; mais dont l’endurance dans l’épreuve, et le dynamisme dans une situation de minorité rend témoignage au travail de l’Esprit du Christ dans ce monde, et dans son corps qui est l’Église.

Olivier Artus

Photo © Beaulieu Royer http://www.custodia.org

 

 

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