Envoyée par la DCC (Délégation catholique pour la coopération), Sylvie Gibier est volontaire en République Centrafricaine depuis trois ans. En tant que directrice d’école, elle nous donne quelques nouvelles à l’occasion de la rentrée scolaire.
Adaptation reste le maître mot de cette troisième année en RCA. En effet, l’année commence “fort” avec un stage pour les directeurs d’écoles, financé par l’UNICEF, et auquel j’ai dû participer.
Directeur d’école en RCA
Ce stage doit redéfinir la mission d’un directeur. Celle-ci est énorme. Il est d’abords chargé d’une classe. En ville, cette classe peut compter jusqu’à 120 élèves. Il doit ensuite remplacer ses collègues absents et les accompagner dans leur pédagogie, signer les fiches de préparation et le journal de classe. Il doit aussi vérifier et signer les cahiers des 700 élèves de l’école, sans oublier les relations sociales car l’école doit être “ouverte”, ainsi que toutes les relations administratives et politiques (et ici elles ne sont pas des moindres !) A cela s’ajoutent les tâches classiques du directeur, à savoir : les relations aux collègues (réunions, animations pédagogiques) et les relations aux parents, sachant que cela concerne plusieurs centaines de familles.
Au bout du compte, les directeurs constatent que c’est impossible à gérer. Et quand j’interpelle l’inspecteur sur cette question, il répond qu’il ne voit pas où est le problème.
On fait croire aux directeurs que cet état de chose est normal, alors qu’il faudrait leur faire comprendre qu’ils n’arrivent pas à tout faire parce que la situation économique du pays ne permet pas d’organiser les choses autrement. Au lieu de cela, on les assomme de remontrances en leurs reprochant de ne pas faire leur travail et en les traitant de voleur.
Ce stage fut pour moi assez difficile. J’ai découvert à quelles difficultés quotidiennes sont confrontées les directeurs, mais aussi leurs lacunes (niveau de français, de réflexion, etc.)
Découverte du Cameroun
Heureusement, j’avais fait le plein d’énergie durant mes vacances, malgré une bonne grippe début juillet. J’ai eu le loisir de passer plusieurs semaines au Cameroun, à Kibri, avec ses plages de rêve au bord de l’océan. Le trajet jusque-là fut assez mouvementé à cause de la route, défoncée lors de la saison des pluie. Pour passer la frontière, il faut franchir deux postes côté RCA et trois du côté du Cameroun. Côté RCA, on m’annonce une taxe de sortie du territoire que je finis par payer. Par contre, au premier bureau du Cameroun, on me dit : « Vous êtes missionnaires, mais il fallait le dire ! » et je passe gratuitement. Au deuxième bureau, encore une taxe pour “l’enregistrement”, que je refuse de payer. Je promets au douanier un stylo au retour (j’ai tenue ma parole) et il nous laisse partir. Au troisième poste, même scénario. Je demande alors un reçu pour justifier mes dépenses. Le douanier nous invite à nous asseoir et à attendre, mais au bout d’un quart d’heure, les reçus n’arrivant pas, nous quittons librement ce dernier bureau. Ouf ! En deux jours je suis à Yaoundé.
Arrivée à Kribi, je découvre un lieu idyllique : des kilomètres de sable fin. Les piroguiers quittent tôt dans la nuit pour la pêche. Le poisson frais acheté sur la plage est un régal. Le repos total me rend disponible pour la rencontre : dans un échange avec un jeune musulman croisé sur la plage, celui-ci se met spontanément à expliquer sa religion, ses pensée sur l’avenir du pays. Puis, un grilleur de crevettes de la Lobé me parle de sa vie de bohème, comme tant d’autres ici, qui passent des heures à attendre le client. Gravement malade, l’année passée, sa mère l’a emmené voir un « évêque ( ?) » qui l’a exorcisé car les médecins n’arrivaient pas à le guérir.
Le Projet “livres”
Ce projet avance.(cf. EDY n°12, p313) Un grand merci à ceux qui ont déjà participé. En parallèle avec l’achat de livres pour l’école, certains seront entreposés à la bibliothèque de Kisito, car elle est proche de l’école et donc accessible à nos élèves. Là, il y a un bibliothécaire formé, et elle fonctionne sous la tutelle de la paroisse. Les collégiens et lycéens de la ville y ont tous accès car elle se trouve à côté des établissements scolaires.
Nous achèterons des albums pour enfants mais aussi des romans (nécessaires au programme de français au collège et lycée), des livres scolaires manquant dans les niveaux collège, lycée et des documentaires variés niveau primaire essentiellement, ainsi que quelques abonnements.
Sylvie Gibier, septembre 2009