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Certainement beaucoup d’entre vous sont allés voir le film de Xavier Beauvois : Des hommes et des dieux. Si vous n’avez pu vous y rendre, je ne peux que vous conseiller d’y aller. Nous étions tout un groupe de la Maison diocésaine hier soir avec une équipe Notre-Dame du Jovinien. Vous savez que ce film nous conduit en Algérie, au monastère de Tibhirine, même si ce n’est pas sur les lieux mêmes de la dure tragédie qu’il a été tourné. Je souhaite que ce film puisse être repris avec des jeunes ou des moins jeunes pour nourrir discussion et partage.
Au fur et à mesure de la vision du film, nous entrons peu à peu dans le silence. Il est rythmé par la prière des moines. Ce sont surtout leurs visages qui parlent. En sortant dans la rue, nous n’avons pas trop envie de quitter le silence. Il est en quelque sorte venu nous habiter. Et puis voici que le lent mûrissement de leur décision de rester au monastère, au cœur d’un cercle de violence qui se referme peu à peu sur eux, finit par nous interroger nous-mêmes.
On ne peut sortir indemne de ce film. Il nous interroge sur nos propres engagements au service de la communion et de la paix. Si nous sommes chrétiens, il nous provoque à vérifier notre relation personnelle avec le Christ, puisque c’est le Christ, l’amour en personne, l’amour qui aime jusqu’au bout, qui a déterminé le choix des moines. Ils sont allés jusque là.
Les moines de Tibhirine, enracinés dans leur vocation, sont eux-mêmes pris par le doute, l’hésitation et l’incertitude. Ce ne sont pas des héros. Avec toutes nos faiblesses, nous nous retrouvons bien dans leur propre démarche. Ils sont tout remplis d’une humanité qu’ils vivent au jour le jour avec leur voisinage. C’était important pour eux, cette insertion en terre algérienne. Ils sont chrétiens dans le partage de vie ordinaire avec leurs voisins musulmans. Avant tout dialogue, il y a communion au même destin.
Il me semble que c’est une belle image de ce que doit être notre Église. Non pas une institution enfermée sur elle-même, mais des hommes et des femmes, des vivants, en marche avec d’autres, croyants, croyants autrement ou non-croyants, cherchant des chemins d’amour et de vérité, de justice et de paix. C’est l’Église du Concile Vatican II si bien exprimée dans la Constitution pastorale Gaudium et spes : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. »
Actuellement, à Tibhirine, un prêtre de la Mission de France, Jean-Marie Lassausse, poursuit, dans le même esprit, la mission des moines. C’est le jardinier de Tibhirine. Il vient d’écrire son témoignage.
À chacun de nous, là où nous sommes, dans la diversité de nos vocations, de savoir nous engager pour répondre aux besoins de la mission. C’est à nous tous d’être responsables « d’annoncer le Christ dans l’Yonne ». Il ne faudrait pas pleurer sur le sort des moines et ne pas nous sentir concernés nous-mêmes, en Église, par l’annonce de l’Évangile. Cette année, le Service diocésain des vocations ne manquera pas de nous faire retentir cet appel. Et, en ce début d’année pastorale, quel est l’ensemble paroissial qui n’invite pas des femmes et des hommes à devenir catéchistes ?
+ Yves Patenôtre