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Archives 2009

Carême avec saint Paul (n° 4)

Durant mes premières années de séminaire, les lettres de saint Paul m’agaçaient un peu ; je trouvais cet homme orgueilleux et trop enclin à se mettre en avant : j’avais l’impression qu’il se présentait comme un exemple pour les autres et que, trop souvent à mon goût, il donnait des ordres, en étant très sûr de lui. Depuis, j’ai appris à découvrir un autre visage de saint Paul : en fait c’est quelqu’un qui est profondément optimiste et qui fait confiance à la grâce du Seigneur ; ce qu’il est, ce qu’il a fait, c’est à cause de la grâce et de la force que le Seigneur lui a données. S’il parle de lui, c’est pour nous dire que nous sommes appelés, comme lui, à accueillir en nous les dons du Seigneur qui transformeront notre vie. Tout cela nous était rappelé par le Père Christophe Raimbault lors de la soirée de lancement des retraites de carême à domicile, le 19 février, devant près de deux cents personnes.

Nous allons donc cheminer pendant ce carême avec saint Paul et nous verrons petit à petit que ses lettres répondent, malgré le décalage de temps considérable, à beaucoup de questions que se posent aujourd’hui nos communautés. Deux exemples me reviennent à l’esprit.

Parfois, en traversant la ZUP d’Auxerre, je me mets à penser : « Au milieu de ces milliers de personnes, il n’y a qu’une toute petite communauté de chrétiens… Jésus Christ ! l’Église ! cela ne dit rien à tous ces habitants… » Et vient alors la tentation de se décourager en se disant qu’on a été baptisé pour annoncer l’Évangile et qu’en fait on n’y arrive pas. Notre Église diocésaine n’est pas fidèle à la mission reçue du Seigneur ! Mais en relisant la lettre de Paul aux Corinthiens, je découvre que la situation des Corinthiens n’était pas beaucoup différente de la nôtre : il y avait 500 000 habitants à Corinthe, dans une ville portuaire sacrément païenne, et la communauté chrétienne ne devait pas rassembler une foule considérable.

Or, Paul ne se lamente pas : il commence par rendre grâce à Dieu pour celles et ceux “qui sont devenus croyants” et pour la communauté qu’ils forment. Puis il leur dit de ne pas se décourager, mais de mener une vie selon l’Évangile afin d’être, au milieu de ce monde païen, de vrais témoins de Jésus Christ, de sorte que celles et ceux qui vivent auprès d’eux puissent un jour faire cette rencontre personnelle avec le Christ. On dirait aujourd’hui que, devant une situation angoissante, il « positive ».

Une autre question qui revient souvent dans nos communautés est celle du manque de prêtre. Dans ces temps de campagne du Denier de l’Église, nous recevons souvent en accompagnement des dons - ou même en l’absence de dons - un petit courrier où quelqu’un donne ses remarques, ses critiques ou ses questions. Dans la plupart des cas, les questions et inquiétudes portent sur la diminution du nombre de prêtres. Et, dans nos communautés, c’est avec peine et inquiétude qu’on voit le prêtre quitter le village : « Qu’est-ce qui va se passer maintenant ? » Or, voici que Paul montre aux chrétiens que Dieu leur a donné des dons différents afin que chacun puisse assumer dans la communauté un service. Dans une communauté chrétienne, le prêtre a une place indispensable, mais il n’est pas seul : comme dans un corps, il y a plusieurs membres qui assurent des fonctions différentes.

Cette retraite de carême nous invite donc à relire nos questions d’aujourd’hui à la lumière des lettres de Paul et à accueillir en nous l’espérance que nous donne la grâce de Jésus.

Robert Lechien

 

 

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