L’année Saint-Paul se termine. Nous avons réfléchi sur la mission et l’annonce de la Parole à celles et ceux qui sont loin de l’Église. Le Pape nous invite maintenant, durant cette année sacerdotale, à réfléchir et prier pour les acteurs de la mission, et spécialement les prêtres. Cette initiative rejoint une question qui préoccupe beaucoup les chrétiens de notre diocèse actuellement : pratiquement toutes les semaines on vient me poser des questions sur le manque de prêtre : « Pourquoi n’y avait-il pas de prêtre à l’enterrement de mon père ? — Dans notre village, il n’y a la messe que deux fois dans l’année ! Le curé précédent venait tous les 15 jours : pourquoi n’est-ce plus possible maintenant ? — Pour le baptême de ma fille, on a été obligé d’aller dans une autre église et il y avait trois baptêmes en même temps : pourquoi le prêtre n’est-il pas venu faire le baptême dans l’église de notre village ? » Et bien d’autres remarques du même genre.
Devant ces questions, ma réponse est toujours la même : « Il y a beaucoup moins de prêtres dans notre diocèse, et, vu la charge que porte chaque curé, il ne peut pas faire tout ce qui se faisait avant ». L’année sacerdotale est donc une occasion rêvée pour réfléchir à la mission du prêtre en regardant, dans cette mission, ce qui peut être accompli par des chrétiens : un livret sera proposé à la rentrée pour permettre à chaque paroisse et mouvement de faire cette réflexion et pour aider nos communautés dans la prière. Cette année est aussi le moment de nous réveiller pour demander à l’Esprit Saint de nous aider dans la pastorale des vocations : comment faire pour que nos communautés puissent donner à des jeunes le goût d’être prêtre, et comment les aider à répondre à l’appel du Seigneur ?
Je pensais à tout cela quand, au début du mois, quelqu’un attira mon attention sur la béatification d’un frère des Écoles chrétiennes qui devait avoir lieu le 7 juin dernier à Tananarive : le bienheureux Raphaël-Louis Rafiringa. J’ai relu sa vie un peu comme une parabole pour notre temps.
En 1883, le frère Raphaël-Louis sort juste du noviciat. Il a 27 ans. Et voici que tous les missionnaires étrangers sont expulsés de Madagascar. Étant malgache, il reste sur place, mais se retrouve seul frère des Écoles chrétiennes et sans prêtre autour de lui, car tous les prêtres étaient des étrangers. C’est alors que les catholiques réunis dans la cathédrale de Tananarive le désignent comme “chef” des catholiques de l’île. Il accepta, à condition qu’on lui adjoignît un conseil, afin que cette responsabilité soit partagée avec ’autres ; pendant presque trois années, il va organiser la vie des communautés en insistant particulièrement sur deux aspects : d’abord la prière en aidant les communautés dans les assemblées de prière du dimanche et en organisant retraites et récollections. Le deuxième pilier de sa pastorale fut la formation des catéchistes qui animaient les communautés en campagne et qu’il réunissait tous les mois. Quand les missionnaires rentrèrent à Madagascar en1885, ils trouvèrent une communauté chrétienne vivante.
Cette parabole m’a inspiré trois réflexions : la première, c’est que le Seigneur nous entraîne parfois dans des chemins que nous n’avions pas prévus ;le frère Raphaël s’était engagé pour être enseignant, et voilà qu’il se retrouve« responsable » de l’ensemble des catholiques de Madagascar. Cela ressemble un peu à celles et ceux qui, devant la nécessité, acceptent de faire partie de l’équipe d’animation paroissiale, et qui, à cause du manque de prêtres, sont obligés d’organiser un certain nombre de célébrations ou de rencontres par eux-mêmes. La seconde, c’est l’importance de la prière commune dans la vie d’une communauté chrétienne, même s’il n’ya pas de prêtre. Enfin, c’est la fidélité des chrétiens de Madagascar qui n’ont jamais baissé les bras et qui ont eu la joie d’accueillir de nouveau des prêtres dans leurs communautés : nous avons, nous aussi, à nous engager au service de nos communautés, tout en priant le Seigneur pour que naissent des vocations au ministère de prêtre.
Robert Le chien