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Alors, qu’avons-nous fait de lui ? (n°7)

APRÈS LA CÉLÉBRATION de la Vigile pascale dans les Hauts d’Auxerre, je me trouvais, le matin de Pâques, avec un groupe de jeunes de la Mission de France, aux aurores, dans l’abbatiale de Pontigny. Le beau soleil de printemps envahissait la nef blanche. Victoire de la lumière sur les ténèbres. Des petits œufs en chocolat étaient disséminés ici et là sur les dalles de pierre. Quelqu’un était passé dans une discrétion toute de délicatesse ...

EN FAIT, UNE MUTATION EXTRAORDINAIRE s’est passée en cette nuit de Pâques. Jésus est bien le même et pourtant il est méconnaissable. C’est qu’en lui, le monde a été transfiguré dans cet événement de la Résurrection. C’est une sorte d’incandescence cosmique. À partir de ce matin-là, plus rien n’est comme avant. Le monde est à la fois le même mais aussi tout autre. Les cieux nouveaux et la terre nouvelle, en lui, le Ressuscité, sont inaugurés. Le baptême, plongeon dans la mort et la résurrection du Christ, est porte d’entrée dans ce milieu divin. Pour chaque baptisé l’on peut dire : « Un être nouveau est là ! » C’est le même, mais divinisé dans le Souffle de l’Esprit d’amour. Plus rien n’est profane. Tout est consacré, christifié. Beau symbole du vêtement blanc des nouveaux baptisés marqués du saint chrême.

LA LOI DE CE ROYAUME NOUVEAU, le royaume de Dieu, est simple. C’est l’amour. Il n’y a qu’un commandement : « Aimez-vous comme je vous ai aimés » ou encore : « On reconnaîtra que vous êtes mes disciples à l’amour que vous avez les uns pour les autres. »

DANS UN MONDE ASSEZ DUR, les chrétiens ont à « ressusciter » partout où ils se trouvent, et avec un infini respect, une certaine qualité de relation. Dans l’accueil, l’écoute, la proximité, la tendresse et le pardon. La non-relation, c’est la mort. C’est mortel. Je comprends que nos contemporains se détournent s’ils ne respirent pas au milieu de nous un climat d’Évangile. À la suite du Christ, l’exigence que nous portons ne doit pas être condamnation mais libération. Jésus nous a confié un trésor d’amour pour le monde. Alors, qu’avons-nous fait de lui ?

LE SÉRIEUX DE L ’ÉVANGILE ne doit pas se confondre avec la tristesse et la morosité. Regardez l’élan de Marie-Madeleine au matin de Pâques. Les fruits de l’Esprit sont « amour, joie et paix ». Et nous n’aurions pas des têtes de ressuscités ? Nous avons bien été chargés d’annoncer une « Bonne nouvelle »...
J’aime bien ce passage de Jean Sulivan dans Mais il y a la mer : « Rien d’étonnant que des hommes formés aux méthodes expérimentales, aux formes nues, au langage direct, se détournent quand ils entendent feu et ne voient qu’un tas de bois, source et qu’ils ne voient que le bénitier, grâce et qu’il n’y a pas de joie. »

C’EST UNE GRANDE GRÂCE d’être chrétien au cœur de ce monde. L’aurore de Pâques nous donne un regard nouveau sur le monde. Nous savons que nous ne sommes pas des êtres nés pour aller vers la mort mais vers la vie. Et la vie c’est d’aimer puisque Dieu est amour. Tu cherches comment rajeunir, entre dans le souffle du matin de Pâques. Répands des petits œufs de tendresse sur les dalles de pierre des cœurs trop durs. Tu verras, il y en a pas mal de cachés dans ce numéro de Pâques ...

+Y. Patenôtre

 

 

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