Obsèques du P. Michel Desfray
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Présentation par le P. Bernard Thourigny
Son Testament spirituel
Homélie du P. Henri Rivière
Avant d’entrer à la maison de retraite Saint-Loup de Brienon, il y a quelques mois, Michel (le Père Michel comme tout le monde l’appelait) m’a dit : « Je désire que la célébration de mes obsèques se fasse dans l’église du Christ-Roi de Migennes » – de même qu’il a demandé que sa tombe soit creusée au cimetière de Migennes - puis : « tu diras un petit mot au début, mais que tout soit simple » !
Michel Desfray est né à Auxerre en 1916, au pied de la tour de l’horloge, de parents marchands de parapluie. Il fut élève – séminariste à l’école Saint-Jacques, puis au Grand-Séminaire de Sens. Il a été ordonné prêtre à la cathédrale de Sens le 21 décembre 1940.
Après quelques années d’études à l’Institut catholique de Paris et à la Sorbonne, il devint professeur de lettres à l’école St Jacques avant de devenir le responsable de la section des séminaristes. Il y resta de 1942 à 1963, soit 21 ans. C’est là que je l’ai connu d’abord.
Plus tard, de 1963 à 1969, il fut aumônier aux écoles Saint-Joseph et Sainte-Marie d’Auxerre. Puis vicaire à la paroisse Saint-Eusèbe (de 1969 à 1973) et à Sainte-Geneviève des Hauts d’Auxerre (de 1973 à 1977). C’est en 1977 qu’il a été nommé vicaire à l’équipe de prêtres de Migennes. Cela fait 33 ans !
Je l’ai retrouvé lorsque je suis arrivé à Migennes. Son passage ici a marqué la population. Il a d’ailleurs fait de Migennes sa véritable patrie. « C’est là, disait-il, que j’ai pu exercer mon ministère de la façon la plus missionnaire ». Il a permis la naissance de l’ACE et de la JOC qu’il a accompagnée jusque dans les années 1990.
Il était aussi aumônier de deux équipes d’ACO, une à Migennes et une à Joigny jusqu’à l’an dernier. L’Action catholique, il y croyait très fort ; cela a fécondé son ministère. Il fut aussi aumônier des Réunionnais et animait le pèlerinage annuel à Tharoiseau et Annay-la-Côte.
Il étonnait, à 80 ans et plus, par sa jeunesse d’esprit et de cœur. Il restait si proche et apprécié des jeunes… une rareté ! L’âge ici ne fait rien à l’affaire.
Il déambulait souvent dans les rues de Migennes, ne faisant pas un pas sans reconnaître quelqu’un ou sans que quelqu’un le reconnaisse et entamer la conversation. Il avait en effet une facilité déconcertante à entrer en contact avec tous. Il savait encourager, faire avancer, redonner confiance à tous les blessés de la vie… Quand il fallut entrer en maison de retraite, il y a 4 ans, il a choisi d’aller à la maison de retraite de Migennes où il eut une présence et une activité étonnantes ! Ceci avant d’entrer récemment à la maison St Loup de Brienon pour raison de santé.
Sa simplicité était connue et appréciée de tous. Il était Chanoine titulaire du Chapitre cathédral, mais sa discrétion naturelle faisait que peu le savaient. Comme peu savaient à quel point il était instruit et cultivé, continuant de se former jusqu’à la fin par de nombreuses lectures dans le domaine de la Bible, de la théologie mais aussi des sciences humaines. Nous avons eu là-dessus ensemble des conversations passionnantes.
Qu’il ait eu ses limites, ses faiblesses, ses manques, qui n’en a pas ? Il était le premier à le reconnaître.
Mais je terminerais en évoquant cette journée du 31 octobre 2006, le jour de ses 90 ans. Il y eut une grande fête à la paroisse. A cette occasion il avait invité des amis dont certains venaient d’Allemagne et notamment de Simmern, la ville jumelée avec Migennes. Ces dernières années il prenait encore des cours d’allemand (de perfectionnement, car il le parlait bien) organisés par le Comité de jumelage. Ce jour-là, pour fêter tes 90 ans, Michel, tu fis naturellement un discours, dont j’ai noté une phrase :
« L’important c’est de vivre ensemble pour une communion sans frontières d’aucune sorte, avec le souci des plus pauvres »…
et tu terminais ainsi : "nous sommes sur terre pour apprendre à aimer."
Père Bernard Thourigny
Testament spirituel
Je désire que les funérailles soient les plus simples possibles. Cercueil très simple. Pas de paroles élogieuses, mais une parole de foi. Messe à Migennes.
Je désire que la célébration soit préparée par la paroisse et la Mission Ouvrière diocésaine.
Je veux mourir dans la foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu, fils de Marie, le Vivant, mort et ressuscité, chemin vers le Père, qui nous donne son Esprit pour que tout être humain ait la Vie en Lui.
Je veux mourir dans la fidélité à l’Eglise, ma Mère, au ministère presbytéral de mon ordination, en union avec mon évêque et tous mes frères prêtres.
Je remercie le Seigneur pour tous ceux qu’Il m’a donnés de rencontrer sur ma route : parents, amis, laïcs ou prêtres, croyants ou non croyants. Je lui rends grâces spécialement pour toute la vie et la foi vécue avec les laïcs, adultes, jeunes, enfants et les aumôniers en ACO, JOC et ACE, en catéchuménat, ACGF, Mouvement Chrétien des Retraités.
Que tous me pardonnent mes manques,
que Dieu les garde en sa paix et leur donne de vivre en ressuscités, témoins de son amour pour le monde.
Je m’en remets à l’amour miséricordieux de Jésus que mes engagements dans le GEM (Groupe Évangile et Mission) m’ont appelé à vivre, le plus près possible de Dieu et de mes frères, en fidélité à mon baptême.
Migennes, le 7 mai 1985 signé Michel Desfray
Homélie de la Messe des funérailles de Michel Desfray,
Migennes 17 septembre 2010.
Les deux textes que nous venons d’entendre, le premier extrait d’une lettre de l’apôtre Paul aux chrétiens d’Ephèse, le deuxième tiré de l’Evangile de Saint Jean, écrit plus de quarante ans plus tard, vers la fin du 1er siècle, ont été choisis par le père Michel Desfray, lui-même, pour qu’ils soient proclamés à nos oreilles ce matin. C’est donc une sorte de testament qu’il a voulu nous livrer. Le connaissant de longue date, je ne suis pas étonné de son choix. Nous nous connaissions depuis fort longtemps, ayant débuté notre premier ministère à l’école Saint Jacques de Joigny. Par la suite nous nous sommes souvent retrouvés dans des groupes de réflexion, par exemple aux rencontres des chanoines du diocèse, ou comme membres, tous deux, du Groupe Evangile et Mission (GEM), ou encore dans un groupe de recherche sur l’avenir de l’Eglise, au Puits d’Hiver à Chichery. Michel nous étonnait toujours pour sa capacité à interroger sa foi à partir de ce qu’il vivait dans ces rencontres avec les immigrés par exemple. Car il était de ceux qui savaient créer des liens avec tout le monde, il savait encourager les faibles et les petits. Dans les mouvements d’Action Catholique auxquels il a participé - principalement ici à Migennes - que ce soit celle des enfants, celle des jeunes ou des adultes - dans tous ces mouvements ouvriers - il sut livrer un combat contre les injustices et les inégalités qui abîment l’Homme, en rappelant ce que nous avons entendu dans la première lecture : c’est en Dieu le Père, en regardant la vie de Jésus, son fils, que vous pourrez être armés de puissance, fortifier votre vie, croire vraiment, espérer contre toute espérance, acquérir la force de comprendre, et finalement aimer…et aimer l’autre, l’autre différent de moi, l’autre qui perd pied dans les bouleversements actuels.
Pendant des siècles nous avons vécu notre foi sur un modèle occidental et maintenant c’est le monde entier qui nous est ouvert avec combien de manières différentes de penser et de vivre, d’où une crise qui interrogeait beaucoup Michel Desfray. Et c’est justement le texte de l’Evangile que nous venons d’entendre qu’il nous indique comme voie à suivre. A la fin du 1er siècle, les communautés chrétiennes vivaient pour la première fois une crise du même ordre dans le bassin méditerranéen. Allaient-elles, devant leur désarroi, progressivement disparaître ? C’est alors que l’Apôtre Jean médite les fameuses paroles que nous venons d’entendre sur la nécessité et la façon de rester unis dans nos différences de vies et de points de vue pour que le monde croie ; et il cite alors ces paroles essentielles de Jésus : Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là - mais aussi pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi. Que tous ils soient un comme Toi, Père, Tu es en Moi et Moi en Toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Un fils, même s’il ressemble à son père, est différent de lui. C’est cette unité dans la différence, vécue avec son Père, avec amour, que Jésus donne en exemple. Et c’est justement cela qu’il nous est difficile d’admettre tellement nous avons vécu pendant longtemps dans une sorte d’uniformité, parfois considérée comme la règle. Michel, lui, en des ministères très variés, a su découvrir combien la découverte des façons de vivre différentes, accueillies dans une grande ouverture de cœur étaient un enrichissement qui rendait nos vies beaucoup plus fécondes et profondes. Ainsi a-t-il voulu nous laisser comme un talisman, le propre testament de Jésus.
Ce testament spirituel du P. Michel Desfray rejoint en écho ce qu’il disait au soir de la fête de ses 90 ans et que soulignait le Père Bernard Thourigny au début de la célébration : L’important c’est de vivre ensemble pour une communion sans frontières d’aucune sorte avec le souci des plus pauvres.
Merci, Michel, de nous laisser ce message fort. A nous maintenant de le vivre comme tu as su le faire !
Chanoine Henri Rivière
Chaque prêtre est invité à célébrer le sacrifice de la messe à son intention dans les jours qui viennent.