Obsèques du P. Jacques Jeandot
Télécharger :
L’introduction par le P. Olivier Artus
Intervention de Mme Dominique Boutrolle
Homélie du P. Gilbert Chauvin
Introduction par le P. Olivier Artus, vicaire général
L’un des premiers mots qui vient à l’esprit lorsque l’on pense au Père Jacques Jeandot est celui de « serviteur ». Sa vie durant, durant 57 années de ministère, le Père Jeandot a été au service des chrétiens et des communautés qui lui étaient confiés, et ce sens du service correspond bien à sa vocation de prêtre du Prado.
Plusieurs périodes dans son activité pastorale : un première période dans les années soixante, où la Jeunesse Agricole Chrétienne, la JAC, tient une place centrale dans son ministère. Puis dans les années 70, son activité se centre sur le travail paroissial. Le P. Jeandot est responsable de Zone, dans l’Auxerrois rural, puis à Avallon. Avec les années 80, l’activité du Père Jeandot se concentre sur la pastorale de la santé, avec une responsabilité d’aumônier d’hôpital, à Sens, puis la charge de la coordination diocésaine de la pastorale de la santé pendant près de vingt années..
Dans les années quatre-vingt dix enfin, viennent ce que l’on peut appeler des responsabilités de gouvernement, avec la charge du doyenné de Sens urbain, puis la responsabilité de Vicaire Episcopal chargé de la maison diocésaine.
Le mot que j’utiliserais volontiers pour qualifier le travail de Jacques Jeandot, c’est la ténacité. Ténacité et courage, pour faire réussir les autres, pour faire réussir des projets pastoraux au service du plus grand nombre.
Ténacité, à la JAC d’abord. Jacques Jeandot m’avait raconté comment, pour faire face à une responsabilité nationale, qu’il a assumée trois ans, il avait consacré de longues nuit de travail à sa mission, simplement pour que les bulletins de liaison du mouvement paraissent à temps, pour faire tourner ce qui était à l’époque une très grosse mécanique.
Ténacité ensuite, dans notre diocèse, dans le cadre de la pastorale de la santé : il s’agissait de passer, si j’ose dire de l’ancien régime, où le prêtre, seul, visitait les malades, à la constitution d’équipes d’aumônerie, en relation avec les personnes hospitalisées, mais aussi avec l’ensemble du personnel soignant. Travail de formation et de mise en responsabilité des laïcs, malgré les inévitables réticences et résistances rencontrées dans ce projet.
Ténacité enfin, à la maison diocésaine, où le Père Jeandot inaugurait, comme prêtre et comme Vicaire épiscopal la charge de maître de maison, charge épuisante et pas toujours gratifiante : travailler avec discrétion, sans jamais se mettre au premier plan dans le respect de tous, travailler à créer une véritable unité, un esprit de communion entre des personnes diverses, dans une maison qui est au service de tout le diocèse.
Ceux qui ont rencontré Jacques Jeandot dans les dernières années de son ministère garderont l’image d’un sage, d’un homme heureux au terme d’une vie donnée au Christ et à son Église, d’un homme toujours soucieux des personnes. D’un homme de paix enfin. Cette attitude pastorale constante était évidemment sous-tendue par une vie spirituelle riche, et fidèle. C’est de cette vie spirituelle, de ce rayonnement spirituel que Dominique Boutrolle, déléguée épiscopale à la solidarité va maintenant nous parler.
Intervention de Mme Dominique Boutrolle
Message de Jacques à ceux qui continuent de cheminer ici-bas
Je désire que mon départ ne soit pas pour ceux que j’aime cause de souffrance. Je voudrais qu’il ne fût pas pour eux une cause de regrets, de larmes…La mort physique est une chose simple, naturelle.
J’aimerais que toute ma famille, mes amis pensent à moi comme à quelqu’un qui les a beaucoup aimés, qui les aime encore et qui simplement est parti un peu avant eux en ce lieu de vie, de lumière, de paix et d’amour.
Que leur vie terrestre continue tranquillement, paisiblement jusqu’au jour où nous nous retrouverons tous et Celui qui est l’Amour. Jacques.
Prendre la parole après vous, en ce jour, n’est pas facile.
Et pourtant je crois important de vous dire un petit mot. D’ailleurs vous ne souhaitiez pas avoir le dernier mot. Homme de dialogue, vous commenciez toujours par une écoute attentive et prolongée avant d’intervenir avec mesure, avec sagesse, avec humour aussi. Habité d’une foi en l’autre indéfectible, vos paroles ouvraient un devenir pour chacun, sans jamais mettre la main sur lui. Cette hospitalité du cœur à la manière du Christ nous a apaisés, réconciliés et remis debout à maintes reprises.
Vous saviez aussi nous nourrir de cette Parole qui irriguait vos jours. Homme de prière vous nous entrainiez dans votre prière. Aux côtés de votre sœur Nicole, c’est sans doute mon souvenir le plus fort du Brésil. Prière assidue du Livre des Heures, étude et méditation quotidienne de l’Evangile, lectures théologiques, célébration de l’eucharistie où vous prépariez un petit commentaire ont structuré vos journées jusqu’au bout. Cet exemple est d’autant plus impressionnant que vous nous aviez dit que vous n’aviez pas de facilité pour les études. Votre fidélité et votre travail ont été féconds.
La joie de vivre et d’aimer est sans doute ce que vous nous avez partagé avec le plus de générosité. Joie récente de retrouver Nicole pour fêter ses 50 ans de présence au Brésil et Joie de recevoir Anne-Marie pour le 15 août, Joie de chaque rencontre. Et même en ces derniers jours, vous saviez encore nous offrir le sourire de votre reconnaissance. Vous m’aviez dit : « toute vie passe un jour par la Croix, mais ne s’y arrête pas… » Cette expérience pascale enracinée en Christ était le secret de votre joie de chrétien et de prêtre, celle que nul ne pouvait vous ravir et celle que nul ne peut nous ravir aujourd’hui, malgré la peine.
Merci Jacques.
Homélie du P. Gilbert Chauvin
Une exigence missionnaire. Une vie donnée, en premier, au service des plus petits. Un sens de l’Eglise universelle. Un souci d’éduquer et de former des chrétiens à prendre leurs responsabilités, un prêtre qui ne s’est jamais éloigné de la lumière du Concile – tenant fortement à son encrage diocésain.
C’est le souvenir, Jacques, que tu laisses à tous ceux qui t’ont rencontré sur leur route. Tu faisais partie de cette famille du Prado fondée par le Père Chevrier. Des prêtres, au dynamisme pastoral très apprécié, qui œuvrent dans les zones défavorisées portant l’Evangile à tous – croyants et non croyants.
On rapporte que votre fondateur, originaire de la presqu’île entre Rhône et Saône, a bravé souvent l’interdiction de sa mère qui lui déconseillait de "traverser" le pont du Rhône à Lyon pour se rendre à la Guillotière commune ouvrière remuante à l’époque – qu’allait-il faire chez ces "sauvages" demandait-elle ? Pour aller à la rencontre des autres, il faut se déplacer. Evangéliser, construire l’Eglise en "pierres vivantes" demande de bouger. Le Prado ne l’oubliera jamais. Que de fois dans ta vie tu auras à traverser le pont.
Jacques, tu traverseras le pont dès ton ordination pour entrer au noviciat du Prado. Selon l’héritage du fondateur, tu y apprendras à donner "ton corps, ton esprit, ton temps, tes biens, ta vie et ainsi devenir pauvre parmi les pauvres". S’engager à la suite du Christ, mettre l’Evangile dans sa vie s’apprend et occupe toute une vie. Toi qui avais découvert durant tes séjours à Villefargeau que les jeunes avaient besoin de se retrouver, de se rassembler pour se réaliser et murir, ton noviciat te montrera que seule l’écoute de la vie permet un engagement missionnaire adéquat.
Jacques, tu traverses de nouveau le pont en venant rejoindre l’équipe de prêtres de Chablis. Si le vin y est bon, la terre y est peu christianisée. Ensemble vous attaquez le terrain. Tâche difficile mais l’équipe était une force face à l’indifférence, la solitude, le découragement. Le curé – le Père de Ternay en quittant la paroisse pourra dire : "ensemble on a fait un bon travail."
Jacques, 4 ans après, tu traverses encore le pont comme aumônier de la Jeunesse agricole féminine et l’enfance rurale qui deviendra l’Action catholique de l’enfance. On ne dira jamais assez ce que l’Eglise de la France profonde doit à l’Action catholique ; tout servait à l’éducation : les maisons familiales rurales, les fêtes de la terre qui mobilisaient toute une année de vastes secteurs. Le monde rural éclatait, connaissait une mutation extraordinaire et, grâce aux jeunes, s’ouvrait à la mécanisation moderne. Ces jeunes qui prenaient des responsabilités multiples dans les communes – à la coopérative – à la chambre d’agriculture – donnaient un nouveau visage au monde rural. Nous en récoltons encore les fruits. La vitalité de nos petites communautés rurales dépend souvent d’un noyau issu de la JAC. Ta riche expérience de terrain te fera appeler à l’aumônerie nationale. Ce que tu as mis en place est solide. Tu peux dire avant de partir : "maintenant c’est à vous d’assurer la vie des équipes" – la fédérale à qui tu disais cela n’avait que 17 ans.
Tu repasses le pont pour t’immerger dans le monde de la santé. Monde qui ne t’est pas inconnu puisque tu avais tenu, après le séminaire, à faire un long stage d’infirmier à l’hôpital de Joigny – découverte qui t’a préparé aux 22 années passées au Centre hospitalier de Sens. Ta chaleur, ta façon directe et simple d’aborder les gens te facilitent l’approche de ce monde médical. La puissance de ton engagement social te met à l’écoute du malade, de son entourage, redonnant confiance et espoir à des gens détruits par la maladie. Tes compétences te font rejoindre l’école d’infirmières où ta présence rappelle la dignité d’un être humain quel que soit son état de dégradation.
Epoque où l’aumônerie se structure – on passe de "Monsieur l’aumônier" à "l’équipe d’aumônerie". Pas d’improvisation, il faut se former. Rencontres, sessions, colloques se multiplient. Les vieux Auxerrois se souviennent – encore – de vos journées dans la salle du Crédit agricole avec les grands ténors du monde médical d’alors.
Dans la foulée, tu retraversais le pont pour rejoindre le monde carcéral de Joux la Ville où tu découvriras une autre souffrance, celle des cabossés de la vie dans l’univers de la détention. Ta dernière traversée sera rapide. Parti rejoindre Nicole, ta sœur religieuse, dans les favélas brésiliennes, tu connais l’incident – apparemment anodin – qui t’amènera à l’hôpital d’Auxerre où de jour en jour ton état physique se dégrade. C’est entouré de ta famille et de quelques collaborateurs de la première heure que je viens te dire : "Jacques, je viens te donner le sacrement des malades". Tu te marques d’un grand signe de croix – qui t’enveloppe - tout est accompli. Tu peux faire l’ultime traversée du pont pour rejoindre sur l’autre rive ce père qui te tend les bras : Viens, fidèle serviteur. Jacques, merci.
Gilbert Chauvin
Gilbert Chauvin