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Adieu, Père Bernard Feitz !

L’abbé Bernard Feitz, chanoine, est décédé le 30 août à Auxerre à l’âge de 76 ans dans la 51e année de son sacerdoce. L’abbé Feitz fut vicaire à la cathédrale d’Auxerre de 1959 à 1969 ; aumônier du lycée de Joigny de 1969 à 1983 ; curé de Toucy et doyen de la Puisaye de 1983 à 1994 ; curé de la cathédrale de Sens de 1994 à 1999 ; curé de Villeneuve-sur-Yonne et doyen du Sénonais rural de 1999 à 2007 ; et curé d’Appoigny-Monéteau, Chevannes et Saint-Georges depuis 2007. La messe des funérailles sera célébrée jeudi 3 septembre en la cathédrale d’Auxerre et sera suivie de l’inhumation dans le cimetière d’Auxerre.

Voici le témoignage qu’il a écrit en juin 2009, à l’occasion de son jubilé :

Pour être chrétien et à plus forte raison prêtre, il faut avoir rencontré Jésus et avoir entendu la question : "M’aimes-tu ?".

C’est à l’âge de 9 ans que j’ai rencontré Jésus et entendu la question. Ma famille habitait en Moselle, où, après avoir été française, elle est devenue allemande en 1940. A l’école allemande, notre culture exigeait une rééducation germanique et alors nazie dans un camp de formation des "Jeunesses hitlériennes".

Tous les soirs, un homme habillé de noir rôdait autour du camp, essayant, à l’heure de la récréation, d’entrer en contact avec des enfants. C’est avec lui que j’ai rencontré Jésus. Il m’a dit : "Le monde qui se prépare dans votre camp n’est pas le monde que Dieu veut. Jésus est venu nous inviter à construire avec lui un monde dans lequel les gens s’aiment et pas un monde où règne la violence et la mort comme on est en train de vous apprendre. Alors, écoute bien : Jésus t’a choisi pour le porter dans ton cœur et le rendre présent au milieu des jeunes. C’est une grande mission qu’il te confie." J’ai pris cette mission très au sérieux et je me disais : "Quand je serai grand, je serai comme ce monsieur-là." Ce monsieur était le curé du village !

Cette rencontre m’a marqué pour toujours et m’a conduit au séminaire. Un prêtre de l’Yonne m’a fait venir dans notre diocèse, et j’ai été ordonné prêtre le 29 juin 1959 à la cathédrale de Sens. Heureuse fête, mais avec une grande déception. J’avais plusieurs bons camarades avec lesquels j’avais pensé être ordonné. Mais je fus le seul.

C’était le début du déclin de notre séminaire.

Mgr Lamy, alors notre archevêque, me nomma à la cathédrale d’Auxerre. Je fus invité par la municipalité à accompagner une délégation à Worms, notre ville allemande de jumelage. Et c’est là que je fis ma seconde grande rencontre avec Jésus qui me montra une direction pour l’esprit de mon ministère.

Un guide touristique accompagna notre visite de la ville et nous arrêta devant l’ancien bâtiment de l’évêché et, là, devant le portail d’entrée j’aperçois au sol, une plaque commémorative avec cette inscription : "Je me tiens ici, debout, et j’attends la révélation d’un Dieu de Miséricorde." Signé Martin Luther.

En effet, selon les explications du guide, Luther n’avait pas voulu briser l’unité de l’Eglise, mais il voulait la reformer. A la vue de l’évolution des événements, il fut inquiet et chercha à rencontrer l’évêque. Mais celui-ci refusa l’ouverture de la porte à "l’hérétique" qu’il était.

Alors, pendant des jours, il est venu prier devant ce portail et ne cessait de répondre à ceux qui le questionnaient : "J’attends la révélation d’un Dieu de Miséricorde."

Mais la porte resta fermée.

Je suis resté là très longtemps et je compris que le Seigneur me demandait d’être un ouvreur de porte. Ouvrir des portes à la Miséricorde de Dieu : voilà la mission qui était confiée à mon ministère. C’est ce que j’ai essayé de vivre malgré toutes mes faiblesses, mais avec la grâce de Dieu, pendant 50 ans.

Vint le Concile Vatican II : ce fut un grand événement qui a été vécu par tous dans la joie et l’espérance. Ce fut pour moi l’ouverture de la porte sur le monde. Quelle joie de découvrir la réforme liturgique avec les lectures de la Bible, cette Bible que mon professeur au séminaire m’a fait découvrir et aimer !

Mai 68 suivit : cette période nous montra que nous devions nous interroger sur notre mission dans ce monde qui amorçait sa mutation. Un profond travail fut entrepris par les prêtres d’Auxerre, avec l’aide des textes du Concile.

J’ai affronté, ensuite, le monde scolaire dans ces temps difficiles, à Joigny, où je me suis attelé à renouveler une aumônerie avec des parents et des professeurs. Ce furent des années de grandes recherches et de renouvellement.

C’est en Puisaye, à Toucy, que j’ai continué à "ouvrir des portes" avec l’équipe des prêtres dont j’étais le doyen. J’en garde un profond souvenir.

Ce fut ensuite mon ministère à la cathédrale de Sens, suivi d’une nouvelle tâche de doyen pour le Sénonais rural à partir de Villeneuve/Yonne et St Julien du Sault.

Et me voilà revenu à mon point de départ à Auxerre, où je constate que les temps ont bien changé ainsi que les communautés de chrétiens qui ont compris qu’ils doivent ouvrir des chemins nouveaux qui conduisent à ce monde d’aujourd’hui si déroutant.

J’ai la joie d’accompagner des communautés de chrétiens actifs aussi longtemps que Dieu le voudra avec l’ambition de continuer à ouvrir avec elles des portes à la révélation d’un Dieu de Miséricorde.

 

 

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