M. l’abbé Roger d’Aviau de Ternay, chanoine du Chapitre cathédral de Sens, est décédé le 8 avril à Sens, à l’âge de 97 ans, dans la 73e année de son sacerdoce. Ses obsèques ont été célébrées le 11 avril en la cathédrale de Sens, suivie de l’inhumation dans le cimetière de la ville.
Né le 17 avril 1910 à Vern d’Anjou, il restera toujours fidèle à ce lieu de naissance, berceau de sa famille dont les origines remontent au Moyen Âge, et qui y est très aimée. Il fut ordonné prêtre à Angers en 1935.
Avec son ami l’abbé Humeau, il s’engage dans un type de pastorale qui deviendra celui de la Mission de France, et ils rejoignent le diocèse de Sens considéré comme un “pauvre diocèse” où l’on disait : « Madame » à un prêtre en soutane, et sont nommés à Arces et Cerisiers.
Ils furent très proches de la Résistance : on connaît l’épisode du bedeau d’Arces qui avait caché des armes dans le clocher de l’église, et les faux papiers faisaient partie de leurs œuvres. Il reçut la Croix de guerre pour sa période combattante et la Médaille de la Résistance.
Nommé à Chichery-la-Ville le 17 septembre 1943 il succédait au Père Alphonse Cordier et entrait dans l’histoire de ce haut lieu de la réflexion et de l’Action catholique en milieu rural.
En 1949 il arrive à Chablis où il s’immerge dans la vie des vignerons. Lui, venu des coteaux angevins, devient un œnologue averti du vignoble chablisien. Malheureusement un accident de moto lui laisse des séquelles qui handicaperont toute son existence. C’est à cette époque qu’il va chercher à Vachy Marie Pillavoine qui était en train de labourer son champ. Venue pour huit jours elle sera son ange gardien jusqu’à sa mort, un 8 septembre. Puis, en 1958, il est nommé à Champvallon. Ce furent des années heureuses, dont il parlera avec nostalgie.
En 1963, le voici à Tonnerre succédant à Mgr Baillot. Melle Gilberte le suit, ainsi que Marie, pour le seconder dans cette nouvelle tâche. Son souci de l’évangélisation des hommes et des jeunes éloignés de la foi, son désir d’être avec ses paroissiens l’entraînent à vivre de près les évènements de mai 1968. Il fera la quête pour les chômeurs avec une enseignante laïque non croyante. Il est resté toujours en contact avec elle et sa famille. Je vous laisse à penser quel fut l’étonnement : un aristocrate… déjà chanoine allant de maison en maison solliciter de l’argent pour des révolutionnaires avec une femme laïque. Il marquera cette paroisse en soutenant le foyer de jeunes filles des sœurs de la Providence – devenues sœurs de Nevers.
En 1970 il nous annonça sa mort prochaine en arrivant à Toucy, où il retrouvait les traces du père Cordier : ce serait sa dernière paroisse. Marie avait rejoint le Père éternel, mais Gilberte était toujours là. Il me disait : « Si vous voulez avoir du monde à votre enterrement, mourez jeune ». Vous l’avez fait mentir.
En 1976, sa dernière mission – et non des moindres – fut la paroisse St-Maurice à Sens. Il y trouva la paix. Lorsqu’il prit sa retraite en 1988 il voulut être comme tout le monde à la maison de retraite de Vermiglio où son énergie spirituelle continua de porter ses fruits. Enfin ce fut Saint Clément, la résidence Mgr Lamy, où il retrouva des prêtres qui, comme lui, avaient œuvré dans le champ pastoral de l’Yonne et aussi de Troyes.
Au cours de cette longue et riche existence, il a cherché à connaître l’histoire des lieux où le Seigneur le plantait. Il réalisa des plaquettes illustrées et bien documentées notamment sur Chablis, Champvallon, l’église Saint-Maurice… Il avait un grand souci de l’aménagement des églises depuis les vitraux de Chichery, de Tonnerre après la reconstruction due au bombardement, de l’Église Saint Maurice.
Sa plume ne se cantonna pas à l’histoire locale : il se risqua à livrer ses réflexions sur l’Église de France après le Concile, sur la formation des prêtres, sur les méthodes d’évangélisation, sur l’avenir de l’Église. Il a beaucoup lu et il était très au fait des recherches pastorales de notre temps. Lors de notre dernier entretien j’ai aimé qu’il me dise : « J’ai la faiblesse de penser que j’ai pu faire un peu de bien ». Toujours en partance pour le ciel, il a enfin trouvé son espérance. Je ne sais s’il fait maintenant des farces à son Seigneur ni s’il le provoque par son langage, mais je suis sûr qu’il doit lui dire : « Seigneur il est enfin venu le temps de nous voir, de nous rencontrer pour de bon ».
Il a toujours eu le souci des vocations – « c’est souciant et tourmentant » aimait-il à répéter. Qu’il présente maintenant cette intention à notre Père en ces jours consacrés à la prière pour les vocations.
Mgr François Tricard