Quand on lit dans les Évangiles ce qui concerne la prédication de Jésus avant son arrestation, on a vraiment le sentiment qu’il rassemble beaucoup de monde et que ses disciples doivent être enthousiastes devant ces événements : les foules qui se réunissent sur les places quand Jésus arrive dans un village, les cinq mille personnes qui sont venues l’écouter au bord du lac de Tibériade et pour lesquels il a partagé les cinq pains et les deux poissons, sans parler de sa renommée qui se répand un peu partout, si bien qu’on lui apporte des malades pour qu’il les guérisse. Oui, les disciples ont pensé que ce “mouvement” allait encore grandir et qu’il était temps de s’assurer une bonne place dans ce Royaume : c’est ainsi que Jacques et Jean lui demandent de siéger l’un à droite et l’autre à gauche dans le Royaume (Marc 10,37).
Ces mêmes disciples vont se retrouver après la mort de Jésus complètement
désemparés : ils se sont renfermés, ont peur de dire qu’ils faisaient partie du groupe de Jésus de Nazareth et, je suppose, se rappellent avec nostalgie les beaux jours passés avec Jésus quand les foules l’acclamaient ; "Maintenant, doivent-ils se dire, c’est fini." C’est bien ce que pensent les deux disciples sur la route d’Emmaüs : "Et nous, nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël" (Luc 24,21). Or, c’est précisément à ce moment-là, quand ils sont complètement découragés, qu’une nouvelle étape de la construction du Royaume de Dieu s’ouvre : mais il leur faudra prendre le temps de regarder avec attention pour reconnaître la présence de Jésus ressuscité et la continuité de sa mission avec ses disciples. Jésus est celui qui partage le pain avec eux deux, il est
celui qui est pris pour un jardinier ou bien encore celui, qui sur la plage, vient leur demander à manger…
À la veille de Pâques, je me demande si nous ne sommes pas dans une situation semblable. Lors de mes différentes rencontres dans le diocèse, j’entends parfois des paroles de découragement et très souvent un regard nostalgique vers le passé : "Il y a X années, il y avait du monde le dimanche dans cette église : maintenant, quand il y a une messe, et ce n’est pas souvent, il n’y a presque plus personne !" Et on passe souvent en revue l’absence de jeunes, le peu d’enfants au catéchisme… etc.
Nous sommes un peu comme les disciples au matin de Pâques : nous contemplons le passé… ce qui peut nous empêcher de voir ce “monde nouveau” qui naît avec la Résurrection du Seigneur. Ce numéro d’EDY devrait nous permettre de prendre le temps de regarder ce qui naît et ce qui se vit dans notre Église diocésaine et d’y reconnaître la présence du Seigneur ressuscité. Oui, le Seigneur continue de transmettre sa vie et son amour aux enfants et aux jeunes : que ce soit avec l’ACE, avec les servants d’autel à la Pierre-qui-Vire ou avec les collégiens à Soucy.
Oui, des communautés chrétiennes prennent du temps pour rencontrer le Seigneur ressuscité : que ce soit lors d’un “dimanche autrement” à Avallon ou bien encore lors d’une journée à la Pierre-qui-Vire avec la paroisse Notre-Dame d’Auxerre. Oui, des chrétiens continuent de répondre aux appels du Christ ressuscité comme catéchistes ou encore comme animateurs à la JOC.
Comme les disciples au lendemain de Pâques, prenons le temps de regarder ce qui naît et rendons grâce au Seigneur ressuscité.
Robert Lechien