Lors de rencontre avec les équipes d’animation paroissiales ou des groupes de chrétiens, nous abordons souvent les questions qui touchent à l’avenir. Presque à chaque fois, un vent de pessimisme se lève alors : « Il n’y a pas de jeunes dans nos assemblées du dimanche », « Nous ne sommes pas assez nombreux, et quand il faut faire quelque chose, on tombe toujours sur les mêmes », « Nous ne voyons pas, dans les gens qui viennent à la messe le dimanche, qui pourrait prendre la suite ». Tout cela est sûrement vrai, mais ne tient pas compte de la place de l’Esprit Saint dans l’Église : c’est lui qui fait vivre l’Église et non pas nos raisonnements et nos idées défaitistes. Au moment où nous nous engageons dans l’année Saint Paul, regardons comment les premières communautés chrétiennes ont rempli une mission qui semblait dépasser de beaucoup leurs forces.
Paul, l’étranger, appelé à évangéliser
Les apôtres ont entendu ces paroles de Jésus : "Vous serez mes témoins, à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre" (Actes 1,8). Or, dans les premiers chapitres des Actes des Apôtres, on se rend compte que la communauté chrétienne de Jérusalem ne se sent pas capable d’accomplir cette mission. Peu nombreux, ses membres ne voient pas bien comment ils pourraient aller prêcher l’Évangile au loin et, surtout, ils sont renfermés sur leurs habitudes et pratiques juives et n’envisagent pas que des païens se joignent à eux, à moins qu’ils adoptent leurs manières de faire. Aussi, l’annonce de l’Évangile est limitée au monde juif : aller annoncer à "toutes les nations" leur paraît impossible.
La situation semble aussi inquiétante que celle que nous connaissons aujourd’hui. Or, c’est à ce moment-là que le Seigneur appelle lui-même Saul : quelqu’un qui est complètement étranger à la communauté, qui est même opposée au message de Jésus. Saul se convertit et l’Esprit Saint lui confie la mission d’aller évangéliser les païens : "Cet homme est un instrument que je me suis choisi pour répondre de mon nom devant les nations païennes" (Actes 9,15). Et Paul deviendra celui qui, avec d’autres membres de la communauté chrétienne, prêchera l’Évangile aux nations païennes et fondera de nombreuses communautés. C’est quelqu’un d’extérieur à la communauté qui a permis la réalisation de l’évangélisation.
S’ouvrir à la nouveauté
On peut, d’une certaine manière, s’inspirer de la conversion de Paul pour chercher à résoudre nos inquiétudes d’aujourd’hui. Pour construire l’avenir, il ne faut pas nous tourner seulement vers les personnes qui forment les communautés actuelles, nous devons aller au-devant des “saint Paul” d’aujourd’hui. C’est avec eux que nous construirons l’avenir.
Nous risquons alors d’éprouver les mêmes difficultés que la première communauté chrétienne : d’abord celle d’accepter quelqu’un qui est “étranger” à notre groupe. Il a fallu beaucoup de temps pour que saint Paul soit admis dans la communauté. Sommes-nous si accueillants que nous le disons quand quelqu’un arrive dans notre paroisse et veut faire quelque chose ?
L’autre difficulté, encore plus délicate, est celle d’admettre que celui qui arrive risque de bousculer certaines habitudes. Ainsi, quand saint Paul, à Antioche, baptise des gens sans leur demander de prendre les pratiques juives, il est dénoncé auprès des apôtres et doit se rendre à Jérusalem pour s’expliquer devant Pierre ; il bouscule les habitudes, mais la lecture des Actes des Apôtres jusqu’à la fin montre bien que c’est lui qui avait raison. Sommes-nous prêts à accepter d’être bousculés par certaines nouveautés ou certaines manières de faire ? Si nous ne trouvons personne, est-ce parce que nous cherchons seulement chez celles et ceux qui feront les choses comme nous ?
À l’image des communautés des Actes des Apôtres, prions l’Esprit Saint pour qu’il nous pousse à annoncer l’Évangile hors de nos frontières habituelles et demandons-lui d’être assez “ouverts” pour accueillir celles et ceux qu’il nous envoie.
Robert Lechien